Emmanuel Macron ne prononcera pas de discours sur la laïcité

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon les informations d'Europe 1, le président français ne prononcera pas de discours sur la laïcité dans les prochaines semaines, comme cela avait été envisagé.

Un discours sur la laïcité n’est pas à l’ordre du jour. Ne parlez pas de "renoncement", l’Élysée s’y refuse. C’est pourtant bien un changement de pied de la part d'Emmanuel Macron, car si aucune date n’a jamais été fixée, ce discours a bien été envisagé. Le président a d’ailleurs sollicité plusieurs personnalités pour le nourrir de leurs réflexions sur le sujet. L’ex-porte-parole du gouvernement Christophe Castaner avait annoncé une prise de parole publique et, lors de ses vœux à la presse mercredi dernier, Emmanuel Macron lui-même, questionné par des journalistes, n’avait pas démenti ce discours à venir.

Un discours... devant les autorités religieuses. Alors, si l’Élysée peut arguer sans (trop) se contredire qu’il n’y a pas "renoncement", c’est tout simplement parce qu’en réalité le président s’est bien exprimé sur la question. C’était devant les autorités religieuses, à l’Élysée, jeudi dernier. Sans micro ni caméra. "Et pourtant il y avait tout dedans", comme tient à le souligner un conseiller du président. "La laïcité, a-t-il dit, ce sécularisme à la française qui donne à l’État une position de surplomb et d’arbitre, une laïcité qui ne doit pas être une religion d’État qui se substitue aux religions, a-t-il souhaité, mais pas davantage, a-t-il ajouté, la religion ne saurait colorer la vie politique de la nation. Je sais comme vous que certains tentent d’instaurer avec les pouvoirs publics une forme de rapport de force autour de la mise en oeuvre de telle ou telle croyance, oubliant là aussi le fil de notre histoire et voulant la faire bégayer". Ouverture et vigilance. Oui, tout est dit, mais devant quelques personnes choisies.

Macron a tout à perdre. Il n’y aura donc pas d’expression publique de la part du président sur le sujet car Emmanuel Macron n’y a aucun intérêt. Il se sait attendu sur la question, mais il a tout à perdre à expliciter trop clairement sa position. Moins sur la laïcité d’ailleurs, même s’il y a débat entre "laïcité de combat" et "laïcité facteur de cohésion nationale" - on a compris que la préférence présidentielle allait à cette dernière -, que sur la question de la place de l’islam dans la République, et plus particulièrement bien sûr "l’islam de combat", revendiqué, prêt à grignoter l’espace de la République.

Or, Laurent Wauquiez notamment n’attend qu’une chose : une défaillance de la part d'Emmanuel Macrob, un soupçon de mansuétude, une once de mollesse, et c’en sera fait. Ce sera un angle d’attaque idéal, enfin un coin à enfoncer dans une parade jusque-là inattaquable d’un président qui fait beaucoup, de ce que les électeurs de droite attendaient que la droite fît. Sans s’exprimer davantage directement sur la question depuis qu’il a abandonné son statut de candidat pour celui de président, Emmanuel Macron est crédité de tenir un subtil équilibre, entre attachement sans faille aux principes républicains, et fermeté absolue vis-à-vis de l’islam radical. En dire plus, c’est se mettre à découvert.

Gagner du temps. Tant qu’il n’y est pas obligé, le président préfère donc éluder. Pas sûr que cela dure, un événement tragique qui surviendrait en France le pousserait bien sûr à se dévoiler, au risque alors de s’aliéner ceux qui jugeraient à droite ou à gauche, qu’il en fait trop ou pas assez, à perdre sa position de "centralité" qu’il pense tenir sur la question. Mais en attendant, il gagne du temps.