Christophe Castaner, sur le point de piloter un parti godillot

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Hélène Jouan vous parle politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Choisi par Emmanuel Macron pour candidater à la présidence de La République en marche, Christophe Castaner devrait être, sans surprise, adoubé par son parti le 18 novembre. 

C’est la Longue Marche, en Chine, dans les années 1930, qui permit à Mao d’assurer sa survie politique, il assit son pouvoir en lançant le Grand Bond en avant, puis ce fut la révolution culturelle. C’est la Grande Marche, qui en mai 2016, permit à Emmanuel Macron de partir à la rencontre des Français, d’établir le diagnostic de leurs craintes, de leurs espoirs et de leurs attentes, une façon moderne de ressourcer l’exercice du projet présidentiel. Le parallèle, spécieux convenons-en, s’arrête là, et c’est sans doute heureux au regard du nombre de morts en Chine. Il n’y aura pas de révolution culturelle à suivre pour La République en marche.

Une promesse frelatée ? En effet, qui peut imaginer plus old school, plus ringard, en un mot moins démocratique, que ce doigt présidentiel, quasi divin, posé sur un homme censé incarner un nouveau parti ? Ce n’était pas la promesse initiale vendue aux marcheurs, ces milliers d’hommes et de femmes qui ont cru de bonne foi dans le renouvellement démocratique, pour faire pièce aux vieux partis sclérosés et à bout de souffle. La rédaction des statuts de La République en marche, début août, avait déjà jeté un froid : tirage au sort et cooptation en lieu et place d’un vote des adhérents pour les instances locales et nationales.

Une mise en scène soignée. Les groupies "en marche" du président ont beau jurer leurs grands dieux que la mission de Christophe Castaner sera de jouer au maximum "la démocratie horizontale"  au sein du parti, ce que l'on retient, c’est surtout la verticalité plombante de cette nomination. Ajoutez à cela quelques ficelles élimées dudit Castaner, sa volonté de jouer la jurisprudence Le Drian en voulant "cumuler", en l’espèce pour lui, sa place au parti et celle au gouvernement, ou la mise en scène appuyée dans Paris Match cette semaine du "petit gars de Forcalquier". Tout cela pousse à croire que "le changement, ce n’est pas pour maintenant", pour parodier le slogan de l'un des mentors d’Emmanuel Macron.

Mettre en place une machine électorale. Emmanuel Macron entend monter une machine électorale destinée à former et à fournir des élus aux élections municipales de 2020 et régionales de 2021. Parce qu'il part de zéro, il lui fallait faire le choix de l’efficacité. Un homme au plus proche de lui, ancien habitué des arcanes du PS, l'un de ceux qui a politiquement et médiatiquement émergé depuis six mois, un homme sympathique, apprécié dans son camp. Christophe Castaner a tout pour réussir à la tête de ce nouveau parti. Mais à l’ancienne, un parti du président peut-être encore un peu plus godillot que ceux que l'on a connus, et sans accomplir la révolution culturelle donc à laquelle certains ont cru.