Les records de chaleur de cet été peuvent-ils être attribués au réchauffement climatique ?

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En quête de science est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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Ce dimanche, Alain Cirou s'intéresse aux températures élevées de cet été et tentent de comprendre si ces records de chaleur peuvent être attribués au réchauffement climatique.

Il a fait chaud cet été en France – c’est même selon Météo-France le deuxième été le plus chaud de notre histoire, juste derrière 2003 et sa canicule meurtrière – et sur toute la planète incendies, inondations et canicules ont marqué l’importance et la rapidité du changement en cours. Sous l’oeil des scientifiques qui, tout l’été encore, ont multiplié les publications et les rapports sur l’état de la planète en surchauffe. Alain Cirou vous avez suivi pour nous cette actualité, que disent les chercheurs ?

Que cette hausse des températures en France, si elle ne peut pas être directement attribuée au réchauffement de la planète, correspond parfaitement aux tendances annoncées par les modèles climatiques. C’est la différence entre la "météo" et le "climat". Ce n’est pas la même échelle de temps.

Mais on remarque une chose intéressante : la température moyenne de la saison météo en France (et on l’a ressenti particulièrement au Nord-Est et dans la capitale) a été supérieure à la normale de "près de 2°C". C’est-à-dire la valeur que l’accord de Paris sur le climat considère comme un cap qui ne doit pas être franchi... en 2050 !

Alors, ça, c’est pour la situation météo cet été en France. Mais si on parle du climat dans le monde, on a appris de nouvelles choses.

Oui, et je vais vous citer trois études qui m’ont marqué cet été. Dans la revue Nature le 15 août on apprend qu’entre 1982 et 2016 le nombre de "canicules marines" a doublé ! Une canicule marine se définit comme le moment où la température de surface de la mer dépasse celle de 99% des températures mesurées au même endroit le reste de l’année. Donc ça chauffe aussi en mer et comme l’eau absorbe et restitue la chaleur plus lentement que l’air, il arrive que ces vagues de chaleur durent plusieurs semaines et s’étendent sur des milliers de kilomètres !

Ce n’est pas anodin : c’est une menace pour les coraux, pour les poissons dont un sur quatre vit près d’un récif corallien, et pour le phytoplancton dont je vous rappelle qu’il est la nourriture de base de la chaîne alimentaire marine et le premier producteur d’oxygène de la planète.

La seconde étude, elle, est signée par des climatologues français et s’intéresse aux liens entre la végétation et le climat.

Une très belle étude qui montre que plus il fait chaud moins les plantes absorbent le CO2 présent dans l’atmosphère. Vous savez que les arbres, la végétation, respirent. Et que grâce à la photosynthèse ces écosystèmes terrestres capturent environ 30% des émissions de carbone émis par les hommes.

Ce que démontrent les chercheurs c’est que lors des sécheresses sévères les plantes qui veulent limiter les pertes d’eau par évaporation ferment leurs stomates, ces petits orifices sur les feuilles qui permettent les échanges gazeux. Ca lui permet de survivre mais au détriment de la capture du carbone.

Et ça, ce n'est pas une bonne nouvelle...

Une troisième étude qui n’est pas une bonne nouvelle non plus, c’est que les années à venir devraient être "anormalement chaudes".

Oui, et là aussi c’est un article paru dans Nature signée d’un chercheur du CNRS associé à l’IFREMER, Florian Sévellec, qui explique que le réchauffement climatique ne fonctionne pas comme un radiateur dont la température grimpe petit à petit. Il y a des pauses et des accélérations.

Et selon une nouvelle méthode statistique qui recherche dans les simulations du passé des analogues de l’état climatique actuel, alors il montre qu’à l’échelle du globe la période 2018-2022 – donc les 4 ans à venir – risque d’être encore plus chaude que ce que laissait présager le réchauffement climatique en cours.

Par contre, impossible de faire des prévisions régionales, d’estimer où et quand les températures, les précipitations et les sécheresses seront les plus élevées.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les nouvelles scientifiques sur le climat ne sont pas très encourageantes pour le futur. On peut encore changer les choses ?

Oui. C’est là le pouvoir de la connaissance. Avec toutes les données dont on dispose aujourd’hui, on voit bien ce qui va se passer si rien ne change. Le monde, avec 5°C de plus à l’horizon de la fin du siècle sera invivable pour toutes les espèces, dont l’humanité.

Mais on sait aussi ce qu’il faut faire pour l’éviter. Mais ça c’est de la science, c’est de la responsabilité collective !