Pologne : le réveil de la société civile

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Autour du monde est une chronique de l'émission Europe nuit
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Depuis la chute du communisme, c'est le défilé le plus important qu'a connu la Pologne, une contestation sans précédent envers la dérive autoritaire du pouvoir.

Plus de 240.000 personnes ont défilé dans les rues de Varsovie pour marquer leur attachement à l'Europe et aux valeurs européennes. Six mois après la victoire des ultra-conservateurs, cette manifestation marque le réveil de la société civile polonaise, de plus en plus opposée à la dérive autoritaire du pouvoir.

Si l'opposition libérale s'était jointe au cortège, on doit cette manifestation à un comité de défense de la démocratie. Cortège qui restera dans les annales comme l'un des plus importants depuis la chute du communisme. Certains y voient déjà les ferments d'une révolte qui pourrait déboucher sur un "Maïdan polonais" à l'image de la révolution ukrainienne. On n'en est pas encore là et il ne faut peut-être même ne pas le souhaiter.

N'empêche, c'est la première fois depuis longtemps que la Pologne nous montre un autre visage, celui de l'ouverture, de la tolérance, de la liberté, qui renoue avec ce passé assez enthousiasmant des années 1980, celui de Solidarnosc. Un visage à l'opposé de cette Pologne rétrograde et replié sur elle-même, gouvernée par le parti Droit et Justice depuis le mois d'octobre.

Y a-t-il des réformes inquiétantes proposées par ce gouvernement ? Cela explique-t-il cette manifestation ?

Ce gouvernement issu d'une révolution conservatrice s'attaque à l'ensemble des acquis démocratiques de la Pologne depuis sa sortie du rideau de fer. Cela va des médias - aujourd'hui mis totalement au pas après une purge - jusqu'à la mise en coupe réglée de la justice, puisque même les décisions du tribunal constitutionnel ne sont plus suivies des faits, en passant par des nominations plus que suspectes, notamment dans la police.

On parle d'une réforme du conseil de la magistrature, d'une refonte du système électorale, et même d'un projet de refonte de la constitution. Tout cela à déjà conduit l'Union européenne à placer la Pologne sous surveillance, même s'il apparaît presque illusoire que ce processus puisse déboucher sur des sanctions.

Comment les conservateurs vont prendre acte de cette contestation et vont-ils essayer de calmer le jeu ?

Pour l'instant, ça n'en prend pas le chemin. L'homme qui tire les ficelles, Jaroslaw Kaczynski, le président du parti Droit et Justice, a fait savoir au contraire qu'il a demandé au gouvernement d'accélérer les réformes. Au delà de ses apparences de bon grand-père, c'est un idéologue de l'ultra-droite et un populiste sans état d'âme qui voit des complots partout. Entre ceux qu'ils désignent "patriotes" simplement parce qu'ils sont de son côté, et ceux qu'ils accusent de "trahison" parce qu'ils dénoncent ses dérives, Kaczynski a divisé le pays. Pour l'instant, ça lui a plutôt réussi, mais depuis samedi, ce n'est pas exclu que cela se retourne contre lui.