Que sont les cercles de femmes ?

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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En ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes, Anne Cazaubon évoque les cercles de femmes, un espace d'échange entre femmes.

Aujourd'hui, on s'intéresse aux femmes. Et à ce qui leur est proposé dans le cadre de stages de développement personnel. En cette journée internationale pour les droits des femmes, je voudrais vous parler de cet espace de parole privilégié, rare et précieux, dans lequel l’anonymat et la bienveillance sont de mise, les cercles de femmes. Un rituel ancestral auquel les femmes s’initient de plus en plus aujourd’hui en souhaitant se reconnecter au Féminin Sacré. Le festival du féminin, (créé par les femmes, pour les femmes), qui débute demain au Centre Tao à Paris, en est une belle illustration. D’autres éditions se préparent à Montpellier au mois d’avril. C’est même un phénomène mondial puisque le festival a fait des petits à l’autre bout du monde, jusqu’en Thaïlande, Nouvelle-Calédonie, Hong-Kong…

La parole se libère

Et dans ces cercles de femmes, également appelés "tente rouge", le "bâton de parole" circule. Vous savez, c’est un peu comme lorsque l’on est en voyage et que bizarrement, on arrive à se confier à un inconnu alors que notre conjoint ou nos proches ne connaissent pas ces événements de notre vie, ces émotions qui nous traversent. Eh bien dans ces cercles aussi, les témoignages de femmes s’exprimant dans leur vérité profonde, se succèdent. Il y a celle qui raconte la tristesse éprouvée lors de sa fausse couche récente, celle qui exprime le rejet de son corps et que cela l'handicape dans sa relation intime avec son partenaire, celle qui raconte sa reconnexion au plaisir, celle qui s’effondre en lâchant qu’on vient tout juste de lui diagnostiquer un cancer du sein, cette quinquagénaire qui a reçu une paire de claques la première fois qu’elle a eu ses règles, ce qui a inscrit dans son corps qu’être femme était forcément source de souffrance et de honte, cette jeune femme qui n’arrive pas à avoir d’enfants et celle qui avoue son ambivalence à l’égard des siens, celle qui raconte son ablation de l’utérus et la douleur de ne pas être mère, et celles qui racontent "un oncle un peu trop tactile", "un père un peu trop collant", un professeur qui a dérapé ou encore toutes ces mains baladeuses au cours d’une vie.

Chacune s’y exprime en confiant sa parole à ces (grandes ou petites) sœurs inconnues, à ces femmes de tous âges et de toutes expériences, qui écoutent, sans juger ou commenter. Parce que c’est justement ça qui est rare et qui est beau dans ces cercles. Oui, c’est rare, aujourd’hui, en 2018, d’écouter sans juger, d’écouter sans commenter, d’écouter sans donner de conseil, d’écouter sans renvoyer à l’autre sa propre blessure parce que c’est insoutenable qu’elle parle, qu’elle se libère de ce poids, qu’elle expérimente la "parole qui guérit", ce que l’on appelle "la médecine de la parole". Lorsque l’une parle, les autres se taisent et écoutent, et souvent, entrent en résonance. Dans ces cercles, chaque femme s’adresse aux femmes, au groupe dans son ensemble, au collectif et quelque part (de manière invisible mais reliée) à toutes les femmes du monde.

Tisser un lien de sororité

C’est donc l’occasion d’y briser des tabous, d’y dire ce que l’on ne peut pas dire à l’extérieur, mais aussi d’apprendre des femmes de tous âges et d’y tisser ce fameux lien de sororité. Vous savez "la Sororité", c’est ce mot pour parler des relations d’égalité et de soutien entre femmes, un peu à l’image de la fraternité masculine. Et là, comment dire, il y a du travail (parce que ça commence par là aussi). Oui, au quotidien, on ne va pas se mentir, il y a des regards entre femmes, qui en disent long. Se faire dévisager de bas en haut dans un couloir par une collègue, se faire maintenir la tête sous l’eau par une supérieure hiérarchique… Oui, la mesquinerie, les secrets ou la rivalité ont profondément blessé l’archétype féminin.

J’aime bien cette expression qui dit que "les véritables reines, ce sont celles qui ajustent les couronnes sur les têtes de leurs semblables" et non celles qui leur font des croche-pattes ou qui les poussent dans l’escalier. Non, les véritables reines, ces déesses des temps modernes, elles savent créer des alliances pour s’entraider et être plus fortes ensemble. Elles ont un coup d’avance, parce qu’elles ont déjà compris que pour retrouver toute leur puissance, il leur fallait d’abord, prendre leur responsabilité.