L’ouverture dominicale divise même les commerçants

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L’ouverture dominicale divise même les commerçants
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DÉBAT - La loi Macron, qui doit être dévoilée mercredi, va faciliter les ouvertures dominicales des magasins. Mais les commerçants sont divisés.

Officiellement, le message des entreprises est limpide : la loi Macron réformant l’ouverture dominicale des commerces est une bonne chose puisqu’elle va augmenter le nombre de dimanche ouvrés et donc l’activité. Sauf qu’à moins de 48 heures de la présentation de la loi Macron, chaque secteur commence à faire le point sur cette réforme. Et personne n’est vraiment satisfait.

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© Reuters

La loi Macron, une réforme imminente. Le ministre de l’Economie doit présenter mercredi son projet de loi sur l'activité et la croissance, censé "déverrouiller l'économie française". L’ouverture des commerces le dimanche fait l’objet d’un chapitre entier, avec de nombreux changements : les commerçant devraient pouvoir ouvrir 12 dimanche par an, contre 5 actuellement, et même toute l’année s’ils sont situés dans les futures zones commerciales, zones touristiques et zones touristiques internationales, dont certaines gares.

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Sur le travail le dimanche, l’objectif est donc limpide : faciliter le commerce le dimanche, tant que l’entreprise laisse le choix à ses employés et qu’elle leur donne des contreparties lorsque la société compte plus de 20 salariés. Sauf que beaucoup d’acteurs concernés estiment que le gouvernement aurait dû agir autrement.

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POUR EUX, LA REFORME NE VA PAS ASSEZ LOIN. La grande distribution aurait notamment aimé pouvoir elle aussi ouvrir davantage les dimanches. Jacques Creyssel, président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) a ainsi dénoncé en novembre une "réforme riquiqui, qui se contente de quelques mesures ciblées".

Même son de cloche chez les spécialistes de l’habillement. Tout en reconnaissant que le projet de loi est déjà "un grand progrès par rapport à la situation existante", François-Marie Grau, délégué général de la fédération du prêt-à-porter féminin, estime qu'il "serait utile de réfléchir à accorder une dérogation permanente d'ouverture dominicale pour les magasins d'habillement". Avec l’argument suivant : "Internet est ouvert 24h sur 24 et 7 jours sur 7" et il ne cesse de prendre des parts de marché. Un argument également mis en avant par le PDG de la Fnac, Alexandre Bompard : ce dernier réclame donc lui aussi l'ouverture dominicale généralisée des points de vente culturels.

Les petits commerçants sont, eux aussi, partagés : conscients qu'ils sont censés être parmi les premiers bénéficiaires de la réforme, ils redoutent sa complexité, ses délais mais aussi de potentielles contreparties pour leurs salariés.

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POUR EUX, LA REFORME EST INUTILE. Paradoxalement, ce sont ceux pour qui le dossier du travail dominical a déjà été rouvert qui y trouvent le moins leur compte. A titre dérogatoire, les magasins d'ameublement, de jardinerie et de bricolage peuvent déjà ouvrir les dimanches.

Sauf que le succès n’est pas au rendez-vous : Jean-Claude Bourrelier, PDG de Bricorama, déplorait début octobre le fait de n'avoir pas plus de clients depuis qu'il a l'autorisation d'ouvrir le dimanche. Selon lui, cette réforme arrive peut-être un peu trop tard, les clients ayant déjà pris l'habitude d'aller faire leurs courses ailleurs ce jour-là.

Le spécialiste des réparations automobiles, le réseau Point S, est lui aussi sceptique mais pour d’autres raisons : "ce n'est pas en ouvrant le dimanche que l'on va créer plus de pouvoir d'achat, le porte-monnaie des consommateurs n'est pas extensible. Ils n'achèteront pas le lundi ou le mardi ce qu'ils ont acheté le dimanche", affirme son dirigeant, Christophe Rollet. A son image, d'autres commerçants redoutent une possible cannibalisation des achats de semaine par le dimanche, ce qui au final n'entraînerait pas ou peu de ventes supplémentaires.

POUR EUX, LA REFORME VA TROP LOIN. Premiers opposants à cette réforme, les syndicats appellent à manifester contre cette loi le 16 décembre prochain. Une partie de la majorité socialiste partage ce refus systématique tandis qu’à Paris, la Maire Anne Hidalgo veut bien réformer mais a minima.

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© Reuters

Enfin, alors que ses concurrents estiment que la réforme Macron est insuffisante, le PDG de Carrefour n’en voit, lui, pas l’intérêt. Il est contre l’ouverture des hypermarchés le dimanche, préférant la réserver aux petits commerces alimentaires de centre-ville. Un autre point lui semblait bien plus prioritaire :  la question des ouvertures en soirée serait, selon lui, plus pertinente pour l'alimentaire.

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