Trains trop larges à la SNCF : quelques centimètres qui vont coûter des millions

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Trains trop larges à la SNCF : quelques centimètres qui vont coûter des millions
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L'ESSENTIEL - La facture de l'erreur de la SNCF et de RFF sera lourde. Tant sur le plan économique qu'industriel.

L'info. "Consternant", "stupide", "gaspillage", appels à la démission : pour quelques centimètres de trop, la SNCF et RFF se sont attirés les foudres du monde politique. La compagnie ferroviaire a commandé 341 rames TER trop larges pour pouvoir passer entre tous les quais des gares françaises. Résultat, près de 1.300 quais à raboter pour un coût estimé à 50 millions d'euros. Et de sévères rappels à l'ordre, voire à la démission. "Je pense qu'il (Guillaume Pepy, PDG de la SNCF, ndlr) doit démissionner", n'a ainsi pas hésité à lancer la rapporteure générale du Budget à l'Assemblée Valérie Rabault. L'intéressé a refusé d'entrer dans la polémique.

L'affaire. Pour accueillir plus de voyageurs et leur offrir plus d'espace, la SCNF a commandé 341 nouvelles rames de TER, des modèles plus larges que ceux qui circulent actuellement. Sauf qu'ils sont si larges qu'ils ne pourront pas passer dans certaines gares, dont les quais sont trop proches des voies pour laisser passer les trains. Résultat : près de 1.300 quais à modifier pour un coût estimé à 50 millions d'euros.

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RFF et SNCF minimisent.Invité d'Europe 1 mercredi, le patron de Ferré de France (RFF), Jacques Rapoport, a tenu à dédramatiser mercredi matin, assurant qu'il ne s'agissait pas d'une "boulette". "Nos quais ont 150 ans d’âge. Ces trains sont des trains neufs. A chaque fois que nous introduisons un nouveau matériel roulant, nous devons modifier les infrastructures”, a-t-il souligné. Et Jacques Rapoport de reconnaître néanmoins avoir découvert le problème “un peu tardivement”. "Ca n’a aucune conséquence financière, ni sur les usagers, il n’y a pas d’augmentation de tarifs, ni sur les Régions. L’intégralité de ces 50 millions d’euros est pris en charge par le budget normal d’investissement de Réseau ferré de France", a renchéri en fin d'après-midi le patron de la SNCF Guillaume Pepy.

A qui la faute ? Cette erreur à au moins 50 millions d'euros n'est pas si anodine que cela car elle pointe les errements de la SNCF et de RFF. RFF, qui est le propriétaire des voies, a tout simplement transmis des mesures erronées à la SNCF et au constructeur des trains régionaux. Quant à la SNCF, elle avait prévu un espace d'un centimètre seulement entre le quai et le train. Sauf qu'avec le froid, la chaleur et les vibrations, les rails travaillent et se déplacent légèrement. Il fallait donc prévoir une marge d'au moins 3 ou 4 centimètres. "On marche sur la tête", concluent les cheminots interrogés par Europe 1.

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Les politiques s'emballent. La réaction n'a pas tardé du côté des politiques. "Consternant" et "stupide", a taclé Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie. "Gaspillage de l'argent public insupportable", a accusé le FN. "Kafkaïen", a renchéri l'UMP. "C'est à la SNCF de payer", a prévenu l'ancien ministre des Transports Dominique Bussereau, mercredi sur Europe 1, avant d'ajouter : "le chiffre de 50 millions est très largement sous-estimé".

"Je pense qu'il doit démissionner. 50 millions d'euros, c'est beaucoup d'argent et on est la risée de la presse internationale", a renchéri mercredi la rapporteure générale du Budget à l'Assemblée, la socialiste Valérie Rabault. Guillaume Pepy parlant en son nom propre et également en celui du président de Réseau Ferré de France, Jacques Rapoport, a répondu mercredi après-midi : "nous ne sommes pas des responsables politiques et vous pensez bien qu’on ne va pas commenter, surtout ce jour-ci, des déclarations politiques. Nous écoutons les déclarations politiques, nous faisons notre métier", a-t-il déclaré.

Et les enquêtes s'annoncent. La commission du développement durable de l'Assemblée nationale a annoncé qu'elle allait auditionner les présidents de la SNCF et de RFF, Guillaume Pepy et Jacques Rapoport. Et ce n'est pas fini puisque le secrétaire d'État aux Transports Frédéric Cuvillier a annoncé, mercredi sur France Inter, avoir demandé à la SNCF et à RFF que soit menée une enquête interne. Ces derniers ont promis de remettre lundi un rapport d'enquête interne.

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