Thomas Piketty : "J’aurais pu manifester" contre la loi Travail

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L’économiste a vivement critiqué la loi El Khomri, estimant que le problème n’est pas le manque de flexibilité du marché du travail. 

INTERVIEW

Des centaines de milliers de personnes ont manifesté contre la loi Travail, jeudi. Selon les autorités, 390.000 personnes ont battu le pavé, alors que les syndicats affirment en avoir réuni plus d’1,2 million. Thomas Piketty, interrogé sur cette mobilisation, s’est prononcé contre la loi El Khomri. L’économiste a ainsi estimé que le problème du chômage, en France, n’est pas à attribuer au manque de flexibilité du marché du travail.

"J’aurais pu manifester. J’ai écrit avec d’autres contre la loi El Khomri.  Aller expliquer à la jeunesse que le problème est qu’elle n’est pas assez flexible, alors que la majorité des embauches est faite en CDD, oublie tellement de choses", a assuré l’auteur du best-seller Le Capital au XXIe siècle, au Club de la presse d’Europe 1, jeudi soir. 

"Les responsables politiques ont très mal géré la crise financière de 2008." L’économiste a vivement critiqué les responsables politiques français et européens, à qui il attribue la montée du chômage. "Le taux de chômage avant la crise financière de 2008 était de 7%. Là, il est monté à 10%. Ce n’est pas parce que subitement en 2008, 2009 ou 2010 les contrats de travail sont devenus plus rigides. Ce qui est sûr, c’est que ce serait plus facile d’en débattre si on arrêtait de dire qu’à cause de ça le chômage a monté de 50%, de 7 à 10% (7,4% en 2008, contre 10,4% en 2015, selon Eurostat, ndlr)", a analysé l’économiste.

"S’il y a une explosion du chômage, c’est d’abord parce que les responsables politiques, en particulier en France de droite comme de gauche, ont très mal géré la crise financière de 2008. Ils ont transformé une crise qui vient du secteur financier privé américain en une crise européenne des dettes publiques. Notre mauvaise organisation et nos mauvaises décisions ont fait rechuter l’économie en 2011, 2012 et 2013, alors que celle des Etats-Unis repartait. Il faut commencer par reconnaître ses erreurs, les débats seraient alors beaucoup plus faciles", a conclu Thomas Piketty.