Réformes économiques : le ton monte entre l’Allemagne et la France

  • A
  • A
Réformes économiques : le ton monte entre l’Allemagne et la France
@ AFP / PAUL J. RICHARDS
Partagez sur :

PASSE D’ARMES - Les propos du ministre allemand de l’Economie, qui appelle la France à réformer, ont été mal reçus de notre côté du Rhin.

Une petite phrase a provoqué de sacrés remous entre la France et l’Allemagne. Jeudi, le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schaüble, s’est fait remarquer par une de ses sorties dont il a le secret. "La France serait contente que quelqu’un force le Parlement" à voter de dures réformes, a ainsi assuré le ministre depuis Washington, où il assiste à des réunions du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Des propos qui ont provoqué la fureur de nombreux responsables politiques français et qui ont obligé Michel Sapin, le ministre français des Finances, à répliquer. Retour sur cette nouvelle passe d’armes entre la France et l’Allemagne.

Acte 1 : Wolfgang Schaüble et les réformes économiques en France
Le point de départ de ce regain de tension entre les deux partenaires remonte à jeudi. Le ministre des Finances allemand, peu accoutumé à la langue de bois, a jugé depuis Washington que "la France serait contente que quelqu'un force le Parlement" à voter de dures réformes. "La France serait contente que quelqu'un force le Parlement, mais c'est difficile, c'est la démocratie", a-t-il dit lors d'un débat dans la capitale américaine, après avoir évoqué les réformes selon lui "très réussies" menées en Espagne sous la supervision de la troïka, ce groupe composé de hauts fonctionnaires de la Banque centrale européenne, du Fonds monétaire international, et de l'Union européenne, qui contrôle la mise en œuvre de réformes dans les pays européens bénéficiant d'une aide internationale.

"Si vous en parlez avec mes amis français, que ce soit (le ministre des Finances) Michel Sapin ou (de l’Économie) Emmanuel Macron, ils ont de longues histoires à raconter sur la difficulté à convaincre l'opinion publique et le Parlement de la nécessité de réformes du marché du travail", avait expliqué auparavant ce chantre de la discipline budgétaire.

Acte 2 : l’indignation de la classe politique française
Vendredi matin, les propos du ministre allemand ont été unanimement condamnés par la classe politique française. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a dénoncé "la francophobie insupportable et inacceptable" de Wolfgang Schaüble. A l’extrême-gauche, Jean-Luc Mélenchon lui a emboîté le pas, allant jusqu’à demander des "des excuses au peuple français". Ses propos "illustrent la nouvelle arrogance allemande à l'heure où elle domine l'Europe qu'elle met en coupe réglée", a poursuivi le candidat du Front de gauche à la dernière présidentielle.

Vice-président du Front national, Florian Philippot estime de son côté que les déclarations du ministre allemand "compromettent gravement l'honneur de notre pays". Pour le FN, le gouvernement "doit immédiatement convoquer l'ambassadeur d'Allemagne à Paris et exiger des excuses officielles de Mme Merkel en personne, devant ce qui apparaît comme un acte intolérable d'hostilité". 

Acte 3 : la réplique de Michel Sapin
Michel Sapin, le ministre français des Finances, n’a pas tardé à réagir, vendredi après-midi. Le ministre, présent à Washington comme son homologue allemand, a indiqué vouloir répondre "amicalement" à Wolfgang Schaüble. Michel Sapin a ainsi assuré que la "France déteste qu’on la force". "Le vocabulaire de la punition, de la sanction, de la contrainte, c'est ce qui fait détester l'Europe", a ajouté le ministre français.

"Le principe (partagé par Paris et Berlin) c'est que c'est le rôle de la Commission européenne" d'évaluer les politiques menées au niveau national, et non aux États membres de donner leur avis les uns sur les autres, a-t-il affirmé."Connaissant bien Wolfgang Schäuble, c'était plutôt une forme d'encouragement", a finalement conclu Michel Sapin sur le ton de la plaisanterie.

>> LIRE AUSSI - Wolfgang Schaüble se fait allumer par les socialistes français

>> LIRE AUSSI - Pour Merkel, la France ne se réforme pas assez