Quelle dette François Hollande va-t-il laisser ?

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Quelle dette François Hollande va-t-il laisser ?
@ THIBAULT CAMUS / POOL / AFP
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Le président de la République n'est pas candidat à un nouveau mandat. Quel est son bilan en matière de dépenses publiques ?

INFOGRAPHIE

En annonçant qu’il ne briguait pas un nouveau mandat, François Hollande a dans le même temps dressé un bilan de ses cinq années à l’Elysée. "Depuis mai 2012 (...) j'ai agi avec les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls pour redresser la France et la rendre plus juste. Aujourd'hui, au moment où je m'exprime, les comptes publics sont assainis, la Sécurité sociale est à l'équilibre et la dette du pays a été préservée", a argumenté François Hollande jeudi. Mais cette déclaration résiste-t-elle aux faits ?

Une dette qui a continué de grimper. Alors qu’on attend d’une dette qu’elle soit réduite, François Hollande a préféré le terme "préservée" et ce n’est probablement pas un hasard : qu’on raisonne en valeur brute ou en pourcentage du PIB, la dette publique n’a pas baissé au cours de son mandat. Au contraire, elle a continué son inexorable progression. Ainsi, alors que la dette publique représentait 89,5% du PIB fin 2012, elle devrait atteindre 96,1% fin 2016, d’après les prévisions officielles. En valeur, la dette est passée de 1.868 milliards d'euros en 2012 à 2.098 milliards en 2015.

Les raisons sont connues : comme tous ses prédécesseurs, François Hollande a fait adopter des budgets en déficit. Chaque année, la France a dépensé plus qu’elle n’a gagné et a donc dû emprunter la différence. La faible croissance et l’inflation quasi nulle n’ont pas arrangé les choses, limitant les rentrées fiscales attendues par le gouvernement. François Hollande peut néanmoins se consoler sur un point : durant son séjour à l’Elysée, le déficit a été réduit année après année.  

Moins bien que le reste de l’Europe. Si François Hollande a une part de responsabilité dans l’évolution des comptes publics, il a également dû faire avec le contexte international. Or, ce dernier fut compliqué en début de mandat, notamment en Europe. Nos voisins ont donc aussi traversé une période difficile pour leurs finances publiques : entre 2012 et 2015, la dette est ainsi passée de 83,8% à 85% du PIB au sein de l’UE, et de 89,5 à 90,4% au sein de la zone euro. Mais alors que les courbes de dette au niveau européen se sont inversées à partir de 2014, celle de la France a à peine fléchi. En résumé, alors que la hausse de la dette publique est une constante de la France depuis des décennies, elle ne fut qu'un épisode temporaire pour le reste de l'Europe. 

La comparaison avec des Etats européens de taille comparable est en revanche plus neutre. La dette a augmenté de 12% en France entre 2012 et 2015 : c’est évidemment moins bien qu’en Allemagne (-2%), qu’en Pologne (+5%) ou qu’en Italie (+9%). C’est en revanche mieux que le dérapage des comptes publics au Royaume-Uni (+17%) et qu’en Espagne (+20%).

Mais mieux que son prédécesseur. François Hollande pourra se consoler en se disant qu'il a fait mieux que son prédécesseur : alors que durant son mandat la dette a augmenté de 12%, cette dernière a bondi de 49% sous Nicolas Sarkozy, passant de 1.250 à 1.870 milliards d’euros.  Ce dernier a néanmoins une circonstance atténuante, la France ayant à l’époque dû affronter la crise des subprimes.

Seule consolation, cette dette coûte moins cher. Affirmer que la dette de la France a été "préservée" est donc plus que discutable. François Hollande peut néanmoins revendiquer un résultat : le coût de cette dette, c'est-à-dire les intérêts qu’il faut verser en même temps qu’on rembourse le capital prêté, a reculé. Ainsi, alors que la charge de la dette s’élevait à 46,3 milliards d’euros en 2012, elle devrait avoisiner les 44,5 milliards en 2016 et passer à 41,8 milliards en 2017. Mais si cette dette coûte moins cher, la France n’y est pas pour grand-chose : c’est surtout suite à la crise de la zone euro et aux largesses de la banques centrale européenne que les taux d’intérêts des obligations ont chuté. Au plus fort de la crise grecque, certains investisseurs payaient même la France pour lui prêter de l’argent, c’est-à-dire à des taux négatifs.