Dette grecque : de quoi parle-t-on au juste ?

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Dette grecque : de quoi parle-t-on au juste ?
@ ARIS MESSINIS / AFP
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FICHE PRATIQUE - Combien reste-t-il à payer ? A qui ? Jusqu'à quand ? La dette grecque est au centre des négociations franco-grecques qui démarrent dimanche.

Le premier round des négociations a démarré vendredi. À ma gauche, Alexis Tsipras, leader du parti Syriza fraîchement désigné Premier ministre grec, et son gouvernement anti-austérité. À ma droite, Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, l'instance qui rassemble les ministres des Finances des États de la zone euro, principaux créanciers d'Athènes. Les deux hommes se sont rencontrés pour discuter de la dette grecque. Trop élevée pour les uns, peu négociable pour les autres, elle cristallise les tensions depuis la victoire du parti de gauche radicale dimanche dernier.

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Les négociations se poursuivront toute la semaine. Et la France jouera pleinement son rôle. Le nouveau ministre grec des Finances Yanis Varoufakis rencontrera son homologue français Michel Sapin dimanche en fin d'après-midi à Paris. Une visite qui intervient quelques jours avant la venue d'Alexis Tspiras à Paris : le nouveau premier ministre grec rencontrera François Hollande mercredi.

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À combien s'élève cette dette ? Élevée à plus de 315 milliards d'euros, soit plus de 175% du PIB (contre 95% pour la France par exemple), elle continue de peser lourd sur les finances d'un pays qui peine à se relever de l'incroyable crise qui l'a frappé dès 2007. La dette grecque n'a jamais été aussi élevée, et ce malgré les diverses mesures d'aide et d'austérité mise en œuvre dans le pays. À titre de comparaison, en 2007, elle n'était "que" de 107%.

En cause : la pauvreté de l'économie grecque, qui n'a pas connu de croissance pendant six ans. Et si Athènes a aujourd'hui renoué avec la croissance, la dette est toujours plombée par... la dette elle-même. Le paiement de ses intérêts ponctionne 9% des recettes du pays. C'est simple, si aujourd'hui la Grèce n'avait plus à payer de dette, elle serait excédentaire, c'est-à-dire que ses recettes dépasseraient enfin ses dépenses. D'où l'insistance de Syriza pour en obtenir un allègement.

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À qui la Grèce doit-elle de l'argent? Le FESF, le Fonds Européen de Stabilité Financière, est le premier créditeur du pays, avec plus de 40% de la dette. Mis sur rails en 2010 pour venir en aide aux pays de la zone euro en difficulté, il a prêté à la Grèce 141,8 milliards d’euros en plusieurs tranches. En moyenne, les prêts du FESF ont une durée de 30 ans.

Cet argent, le FESF l’a levé sur le marché, mais les pays de la zone euro ont apporté des garanties équivalentes, proportionnellement au poids de leur économie dans le bloc monétaire. L’Allemagne est engagée à hauteur de plus de 40 milliards d’euros, la France de 31 milliards. Outre ces garanties, les Etats de la Zone euro ont déboursé 52,9 milliards d’euros sous forme de prêts bilatéraux lors d’un premier plan d’aide au pays. Là aussi la clé de répartition par pays est le poids de l’économie dans la zone. Au total, la Grèce doit ainsi 60 milliards à l'Allemagne et 40 à la France.

La Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) détiennent chacun 25 milliards. Le reste de la dette, sous forme d’obligations, est détenu par des fonds privés, essentiellement des banques. Les obligations grecques en circulation ont une maturité moyenne d’un peu plus de 8 ans.

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Quels sont les scénarios possibles ? Les négociations s'annoncent compliquées, car les deux camps ont peu de marge de manœuvre. Syriza a remporté la législative sur un programme anti-austérité et des promesses sociales intenables sans renégociations massives de la dette du pays.  Quant aux créanciers, ils estiment avoir déjà fait beaucoup d'efforts et en demandent encore davantage aux Grecs.

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Début 2012, la Grèce a en effet procédé à une opération d'échange de dette : les créanciers privés ont vu leurs titres remplacés par d'autres moins rentables. Quelque 100 milliards d'euros de dette ont ainsi déjà été effacés. Les créanciers publics ont à l'époque également consenti des aménagements, à savoir des taux plus avantageux ou des allongements d'échéance.

Les dirigeants européens ont pour l'heure exclu un effacement massif de dette. "On ne va pas échapper à une renégociation", reconnait seulement une source européenne cité par l'AFP. Comme en 2012, il pourrait s'agir par exemple d'une nouvelle réduction des taux d'intérêt, et/ou d'un allongement de leur durée.