Pourquoi les élections en Grèce inquiètent les marchés et l'Europe

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Pourquoi les élections en Grèce inquiètent les marchés et l'Europe
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CHÂTEAU DE CARTES - L'incertitude sur l'issue du scrutin présidentiel en Grèce ravive la crainte d'une crise dans le pays, qui n'est toujours pas sorti de six ans de récession.

La situation en Grèce est, encore une fois, au centre de toutes les attentions. Mercredi, les députés grecs votent au premier tour de l'élection présidentielle pour désigner le chef de l'Etat. Ce scrutin sera suivi avec attention en Europe et sur les marchés, où l'avenir de la Grèce, après six années de récession, est loin d'être assuré. Si les députés ne parviennent pas à élire un nouveau président d'ici au 29 décembre, alors même qu'il n'y a qu'un seul candidat en lice, des législatives anticipées seront organisées.

Un seul candidat, loin d'être élu. Le candidat du gouvernement, l'ancien ministre et commissaire européen Stavros Dimas, n'a aucune chance de se faire élire au premier tour du scrutin. Du coup, les marchés ont paniqué face à la perspective d'un échec du seul candidat à la présidence. La Bourse d'Athènes avait ainsi cédé plus de 20% en quatre séances et n'a pas récupéré depuis, clôturant encore sur une baisse de 0,26% mardi. L'autre crainte des marchés est une éventuelle arrivée au pouvoir du parti d'extrême-gauche, Syriza, farouchement opposé aux politiques d'austérité. Mais ces inquiétudes sont-elles justifiées ?

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>> Oui : la situation politique inquiète…

Un risque de dégâts "irréparables". Lundi, le gouverneur de la banque centrale grecque a tiré la sonnette d'alarme. Selon lui, l'économie grecque risque de subir des dégâts "irréparables" si la crise politique perdure. Le ministre des Finances, Gikas Hardouvelis, lui a emboîté le pas en déclarant dans les colonnes du quotidien financier Naftemporiki que le pays connaîtrait une croissance 2015 inférieure aux prévisions si jamais les députés ne parvenaient pas à élire le futur président.

Car la Grèce est loin d'être sortie d'affaire. Les deux programmes d'aide de l'UE et du FMI, octroyés en 2010 puis en 2012, ont couplé des prêts d'un montant de 240 milliards d'euros à une extrême austérité budgétaire et un ambitieux catalogue de réformes. Ainsi, la dernière tranche d'aide, à hauteur de 1,8 milliard d'euros, ne sera versée que si les créanciers de la Grèce approuvent le budget du gouvernement. Ce qui est encore loin d'être le cas.

Alexis Tsipras, leader de Syriza.

© Reuters

L'extrême-gauche inquiète l'UE. Car le favori pour des élections législatives anticipées est le parti d'extrême-gauche Syriza et son leader Alexis Tsipras, farouches opposants aux politiques d'austérité. Les créanciers, eux, estiment à l'inverse que le pays a encore besoin de réformes drastiques. Pierre Moscovi a ainsi souhaité la consolidation des efforts menés depuis la mise en œuvre des deux plans de sauvetage du pays. Un bras de fer pourrait alors s'engager entre l'UE et le gouvernement grec, si Syriza était élu.

Du coup, Bruxelles "n'a pas hésité à intervenir dans le débat", comme le souligne le Monde. Pierre Moscovici a beau affirmer ne pas être "concerné par la politique grecque", sa visite dans le pays, lundi dernier, a été interprétée comme un soutien à la coalition conservateurs-socialistes du Premier ministre Antonis Samaras. Le commissaire européen a ajouté : "Ce sont des réformes faisables, nous ne demandons pas la lune". Pas sûr que Syriza, le parti d'extrême-gauche, partage cette vision.

>> …Mais l'impact pour le reste de la zone euro serait limité.  

Des risques de contagion réduits. Mais l'avenir de la Grèce ne semble pas inquiéter outre-mesure les investisseurs. Ces derniers semblent même croire que le reste de la zone euro sera protégé des retombées d'une éventuelle nouvelle crise. Ainsi, la Grèce ne figure même pas dans la liste des dix principaux risques de l'année 2015, dressée par la banque HSBC. "Le canal de contagion du reste de la zone euro est pour l'instant grandement réduit", assure Thibaut Mercier, analyste chez BNP Paribas.

Moscovici Juncker 1280

© Reuters

En Italie et en Espagne, concernés au premier chef par les soubresauts de la zone euro, l'éventualité d'un défaut grec sur sa dette et d'une sortie de la zone euro a été accueillie avec sérénité. Alors qu'en mai 2012, la crainte d'une sortie de la Grèce avait fait chuter les actions dans les deux pays du Sud, le calme règne cette fois-ci. Pierre Moscovici, lui, est encore plus tranché : "La place de la Grèce est dans l'Europe. Cette place n'est plus remise en question comme elle l'a été dans le passé".   

Une situation économique meilleure qu'en 2012. Autre comparaison avec les années précédentes qui rassure les marchés : la situation économique du pays s'est grandement améliorée. La Grèce affiche une prévision de croissance à 2,9% en 2015, contre -7% en 2012, et de déficit public de 0,2% du PIB pour l'an prochain, contre 15% il y a cinq ans.

Danièle Nouy, présidente du Conseil de supervision au sein de la Banque centrale européenne, ne nie pas les tensions actuelles en Grèce, mais tient à les relativiser, mercredi matin au micro d'Europe 1 : "Ça peut être un nouvel épisode de nervosité des marchés. Les Grecs ont déjà fait beaucoup d’efforts, les banques grecques ont eu des résultats tout à fait encourageants dans l’analyse des bilans bancaires effectués. Mais personnellement, je reste optimiste sur ce sujet." De là à dire que la Grèce et la zone euro sont à l'abri, il y a un pas qu'elle ne franchit pas.