Pourquoi la Belgique est-elle paralysée ?

  • A
  • A
Pourquoi la Belgique est-elle paralysée ?
La Belgique est secouée par une gigantesque grève lundi.@ Reuters
Partagez sur :

PARALYSIE – Hôpitaux, transports en commun, médias, tribunaux, entreprises… L'ensemble du royaume tourne au ralenti.

"Il n'y a jamais eu de grève aussi forte en Belgique", selon Marie-Hélène Ska, la patronne de la Confédération des syndicats chrétiens (CSC), le syndicat majoritaire du royaume. Un gigantesque mouvement national contre les mesures d'austérité décidées par le gouvernement de droite paralyse en effet la Belgique lundi. Du privé au public, tout le pays est touché.

Tout le pays est paralysé.  La grève a débuté dès dimanche soir dans les transports: après 22h, en raison de l'arrêt de travail des contrôleurs aériens, plus aucun avion n'a décollé ni atterri dans les aéroports.  Les trains ont également cessé de rouler dimanche soir, et aucun Thalys, TGV ou Eurostar (pour Londres) transitant par la Belgique n'est prévu lundi. La navigation commerciale vers et depuis les ports de Zeebruges et d'Anvers a été stoppée dès dimanche pour raisons de sécurité. Aucun autobus, tramway ou métro ne doit circuler.



Les écoles, crèches, prisons et autres administrations sont également solidaires de cette grève, organisée par les trois grands syndicats FGTB (socialiste), CSC (chrétien) et CGSLB (libéral). Et dans les hôpitaux, toutes les consultations et opérations non urgentes ont été annulées. 

Même mot d'ordre à l'Association syndicale des magistrats (ASM), qui dénonce "la mise en péril des services publics". Côté médias, ni programmes radio, ni éditions papier des quotidiens ne sont attendus. Le secteur de l'industrie et de la distribution, tout comme la poste ou les services de ramassage des ordures, vont également tourner au ralenti ou être totalement à l'arrêt. Les accès aux entreprises, zones d'activité et zones industrielles risquent d'être bloqués par des barrages.



Moins de retraite et moins de pouvoir d'achat. Ce mouvement de 24 heures, point d'orgue d'une série de grèves régionales qui avaient déjà fortement freiné l'activité du pays ces trois dernières semaines, dénonce un programme de 11 milliards d'économies prévu par le nouveau gouvernement dirigé par le libéral Charles Michel, formé début octobre.

Deux mesures cristallisent cette colère. Premièrement, la fin du "saut d'index", qui pourrait faire perdre des centaines d'euros au salaire annuel de nombreux travailleurs. Ce système permet en effet chaque année de réévaluer ("réindexer") les salaires du public, les allocations et certains salaires du privé en fonction de la hausse ou la baisse des prix à la consommation. Deuxièmement, la grève se dresse contre la décision de porter de 65 à 67 ans l'âge légal de départ à la retraite, en 2030.

Les syndicats avaient réuni le nombre record d'environ 120.000 personnes lors d'une manifestation à Bruxelles le 6 novembre. Ils sont également extrêmement remontés contre les coupes dans les services publics, la culture ou les transports décidées pour les cinq ans à venir par le nouveau gouvernement.  Une rencontre avec le gouvernement, qui se dit ouvert à la négociation, est prévue dans la semaine, mais les syndicats ont déjà prévenu qu'ils pourraient organiser de nouvelles actions dès janvier.