Pourquoi c'est la pagaille chez William Saurin

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Pendant plusieurs années les comptes du groupe "Financière Turenne Lafayette", qui regroupe les marques William Saurin, Garbit et Madrange, ont été truqués.

Coup de tonnerre mercredi pour les salariés du groupe "Financière Turenne Lafayette"  propriétaire des marques William Saurin, Garbit et Madrange. Un audit a révélé que les comptes de l'entreprise avaient été maquillés pendant des années, lorsque la fondatrice Monique Piffaut, morte le 30 novembre, était aux manettes. Selon le nouveau président du groupe Éric Le Gouvello, il ne s'agit pas d'enrichissement personnel mais de comptes truqués pour convaincre les banques de continuer à financer le groupe. 

Après cette révélation, les salariés se sont dits très inquiets pour l'avenir de la société. "C'est un choc. On se pose plein de questions. On craint la liquidation judiciaire. Est-ce que l'on va toucher nos salaires? ", se demande Patrick, 35 ans d'ancienneté, employé sur le site de production de William Saurin à Pouilly-sur-Serre, dans les Hauts-de-France. "Madame Piffaut était l'une des plus grandes fortunes de France. C'est grave, on joue avec l'emploi de 3.200 personnes. Du jour au lendemain tout peut s'écrouler".

Comment l'entreprise en est-elle arrivée là ?

Difficile de comprendre comment les comptes de la maison mère de William Saurin, pourtant vérifiés par les plus grands commissaires aux comptes de Paris, ont pu être maquillé pendant une dizaine d'années. Ces derniers n'y ont pas vu grand-chose si ce n'est que la trésorerie était tendue depuis quelques mois.

L'une des explications tient sûrement dans la manière dont l'entreprise était organisée : très concentrée, très centralisée. Monique Piffaut, qui a monté ce groupe toute seule, dirigeait un peu tout. C'est rare dans une société d'une telle taille.

Selon une source industrielle, des rumeurs couraient dans l'entreprise mais aucun salarié ne semblait s'attendre à une fraude d'une telle ampleur. La fausse facturation pourrait concerner plusieurs centaines de millions d'euros, selon nos informations.

Que peut faire l'État ?

L'État réfléchit à investir directement dans l'entreprise. Selon les informations d'Europe 1, cela pourrait prendre la forme d'un prêt afin de rassurer les créanciers, mais aussi les fournisseurs pour éviter un mouvement de panique. Il en va de l'avenir de ce groupe essentiel pour la chaîne agroalimentaire. "Financière Turenne Lafayette" fait travailler de nombreux producteurs notamment en Bretagne. 

Le dossier du groupe était déjà dans les mains du Ciri, l'organisme d'État chargé d'intervenir quand une entreprise de plus 400 salariés est en difficulté. Son rôle est maintenant de discuter avec les créanciers, les banques principalement, pour les convaincre de renoncer à une partie de leurs créances et soulager ainsi l'entreprise afin qu'elle puisse redémarrer. Si les banques refusent, l'entreprise risque la faillite.