Pollution : après le "logiciel Volkswagen", une autre astuce découverte ?

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Pollution : après le "logiciel Volkswagen", une autre astuce découverte ?
@ PATRICK PLEUL / DPA / AFP
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AUTOMOBILE - Un autre dispositif utilisé aussi par des constructeurs français permettrait de "bidouiller" les tests antipollution.

ENQUÊTE EUROPE 1

En plein scandale Volkswagen, se pose désormais une question : il y a-t-il plusieurs logiciels de tricherie sur les normes anti-pollution ? Selon les éléments recueillis par Europe 1, un autre système utilisé par de nombreux constructeurs (étrangers comme français) permettrait à leurs véhicules de passer sans encombre les tests antipollution.

Un moteur bridé. Tout part d’un constat des techniciens en charge de ces tests. Ils s’étonnent que plusieurs véhicules soient "bridés" lorsqu’ils sont testés à l'arrêt, comme le prévoit la procédure. En clair, il est impossible pour eux de vérifier si ces voitures sont propres ou non. Le technicien a beau appuyer sur l'accélérateur, très rapidement, le moteur plafonne. Il s’arrête le plus souvent à 2.500 tours minute, soit environ la moitié de ses capacités.

Ce constat est partagé par la trentaine de centres de contrôles techniques contactés par Europe 1. Le hic : pour réaliser un contrôle anti-pollution, le technicien est censé pousser le moteur dans ses retranchements, à 4.000 tours minute et au-delà. C'est même la procédure réglementaire, à l'oeuvre partout en Europe. Et c'est évidemment impossible avec un moteur bridé. "Concrètement, à 2.500 tours, il n'y a aucune pollution qui sort. C'est très rare que soient refusés ces véhicules-là", explique l'un des techniciens au micro d'Europe 1, qui assure que "toutes les Volkswagen et Audi le font, mais aussi des Peugeot, des Renault, des Citroën" (Europe 1 a assisté a un test sur un utilitaire Peugeot).

Avec la complicité des autorités ? Utilitaires, berlines, citadines... Tous les types de véhicules sont concernés. Selon les professionnels, ce bridage est apparu à partir de 2008. Et c'est précisément le 1er juillet de cette année-là qu'est entrée en vigueur une nouvelle norme antipollution, plus draconienne, imposant aux constructeurs de diviser les rejets de leurs véhicules par deux.

Ce qu'il faut savoir, c'est que les contrôles techniques sont chapeautés par un organisme agréé par le ministère des transports : l'UTAC-OTC. Cet organisme envoie aux différents centres des notes techniques, spécifiques aux véhicules bridés. Sur l'une d'entre elle que nous nous sommes procurés, il apparait très clairement que l'organisme a connaissance de ce système de bridage. Pire : il demande aux techniciens de procéder aux tests comme si de rien n'était. Au risque de fausser le résultat.

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Europe1


Dispositif sécuritaire ou "bidouille" ? Pour leur part, Peugeot-Citroën et Renault expliquent que ce bridage est là pour protéger les moteurs. En effet, avec un diesel, si vous appuyez sur l'accélérateur, trop longtemps et au maximum pendant que vous êtes à l'arrêt, vous risquez de casser le moteur.

Contacté, l'UTAC-OTC ne répond plus aux journalistes et renvoie directement au ministère des Transports. Lequel confirme la version des constructeurs. "Il ne faut pas confondre deux situations. Celle de Volkswagen, où un constructeur a délibérément violé un règlement. Et la question posée aujourd'hui, qui est celle des conséquences de l'application d'un règlement internationale" et qui imposerait ce bridage pour éviter la casse du moteur, selon le secrétaire d'Etat aux transports Alain Vidalies, interrogé sur Europe 1.

Mais selon plusieurs spécialistes contactés par Europe 1, dont un ingénieur en mécanique moteur qui travaille au quotidien pour Renault Peugeot et Citroën, il n'y a pas de doutes : si le risque de casse moteur est réel, ce bridage est avant tout une "astuce" une "bidouille" destiné aux tests. Des mots comparables au logiciel de Volkswagen. Quid d'une éventuelle réglementation internationale ? "Ce serait formidable, je ne suis pas au courant", tranche pour sa part Nicolas Le François, journaliste spécialiste du secteur automobile, également interrogé sur Europe 1. Qui enchaîne : "dans ce cas là, pourquoi l'Utac éditerait des petites notes si c'était une règle européenne ? Quelque chose m'échappe".