Louis Petiet, un nouveau Tapie ?

  • A
  • A
Louis Petiet, un nouveau Tapie ?
@ MAXPPP
Partagez sur :

PORTRAIT - La justice s’intéresse désormais à ce spécialiste du rachat d’entreprises en faillite.

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais la tentative de rachat de l’équipementier automobile Heuliez, c’est lui. Louis Petiet, PDG de la société de conseil Krief Group, a été mis en examen après l’ouverture d’une information judiciaire pour abus de bien social et présentation de comptes inexacte. La justice le soupçonne de malversations dans sa gestion de l'entreprise textile SAIC Velcorex (ex-DMC Tissus), que son groupe avait racheté en 2008.

"Il n’y a rien dans le dossier, sauf de la diffamation", s’est défendu Louis Petiet. Mais si la justice commence à se pencher sur son cas, sa stratégie économique intrigue depuis des années. Portrait d’un businessman "à la Tapie", mais aux origines bien plus nobles.

Aristocrate aux multiples fonctions

"Consultant et président de sociétés". C’est ainsi que Louis Petiet se présente dans le Who’s Who. On pourrait également ajouter enseignant et homme politique, sans oublier homme de réseaux, tant Louis Petiet est un touche-à-tout. Autre signe distinctif, il est chevalier de la Légion d’honneur et membre de l'Association d'entraide de la noblesse française.

Né en 1957 à Neuilly-sur-Seine, Louis Petiet est issu d’une famille noble dont sont issus des parlementaires, des préfets mais aussi des industriels de la métallurgie et les fondateurs de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord. A ses débuts, Louis Petiet prend pourtant une toute autre direction, devenant enseignant et consultant en communication au sein du cabinet Bernard Krief en 1981, épaulé par Jean-Pierre Raffarin.

Du consultant à l’entrepreneur

Après avoir fait ses armes, il crée en 1990 son propre cabinet, le Concord Consulting Group, puis rachète son premier employeur, Bernard Krief Consulting (BKC). A partir de cette structure renommée, Louis Petiet peut désormais se lancer dans une nouvelle ère : le rachat d’entreprises en difficultés.

La stratégie est simple : racheter des entreprises en faillite au tribunal de commerce pour les restructurer. C’est ainsi qu’il reprend DMC Tissus (fil à coudre), Soho (magasins de gadgets), Logiconfort Authentica (décoration) ou encore Isotherma (isolation).

"Réindustrialiser le pays" grâce à ses réseaux

"Nous sommes là pour réindustrialiser le pays", confie-t-il au magazine Capital en novembre 2009, avant d’ajouter : "je mets désormais mes trente ans d’expérience au service de l’emploi et d’un nouveau capitalisme social".

Mais comment racheter des entreprises sans mise de fond conséquente ? En dénichant des investisseurs grâce à son réseau. Et le sien est plutôt fourni : la famille Dassault, Guillaume Sarkozy, Patrick Le Lay (ex-TF1), Antoine Zacharias (ex-Vinci) ou encore Michel Pébereau (BNP Paribas). Sans oublier que Louis Petiet et maire apparenté UMP de Verneuil-sur-Avre, commune d’environ 6.000 habitants située dans l’Eure.

Il se défend d’être "un nouveau Tapie"

Business, réseau et politique : un cocktail qui a permis à Bernard Tapie sa fulgurante ascension. "Je ne suis pas un nouveau Tapie", réagissait Louis Petiet dans les colonnes de L’Express en 2009, avant de marquer sa différence : "Nous sommes dans l'économie réelle et pas dans l'économie casino".

Sauf que sa gestion s’est traduite par plusieurs échecs : "les sociétés qu'il a reprise en 2008 et 2009 mettent peu à peu la clé sous la porte, faute d'avoir reçu les fonds promis", rappelle Le Figaro en avril 2010.

Heuliez, premier échec de taille et début des soupçons

Lorsqu’en 2009, il se propose de reprendre Heuliez, le tribunal de commerce doute et rejette en 2010 sa proposition en raison d’un manque de garanties financières. Il faut dire que lors d’une intervention à l’Institut supérieur de gestion (ISG), Louis Petiet détaillait de manière abrupte son plan pour Heuliez, aux antipodes du discours tenu devant le tribunal de commerce de Niort.

"Contre un chèque de banque de 30.000 euros, on me donne des actifs pour 150 millions d'euros. (…) C'est très bien de dire qu'on n’a pas d'argent. Cela me permet de faire des restructurations merveilleuses", rapportait le magazine L’Expansion.

Faire de l’argent sans en investir. Une étrange recette miracle qui intéresse désormais la justice. Outre les soupçons de malversations dans le dossier DMC Tissu, Louis Petiet est aussi poursuivi par la PME ardéchoise Blanchard, qui voulait aussi racheter DMC, la maison-mère. Cette dernière accuse Krief d'avoir trompé le tribunal de commerce en mentant sur sa "surface financière" et ses "moyens humains". La force de persuasion de Louis Petiet commencerait-elle à s’éroder ?