Blocage entre l'Eurogroupe et la Grèce : pourquoi ça coince ?

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Blocage entre l'Eurogroupe et la Grèce : pourquoi ça coince ?
@ EMMANUEL DUNAND/AFP
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BRAS-DE-FER - Les négociations sur le plan d'aide financière ont tourné court lundi. Les débats doivent reprendre mardi mais les Européens haussent le ton.

L'info. près un premier échec jeudi dernier, le deuxième rendez-vous entre les pays de la zone euro et la Grèce a une nouvelle fois tourné au dialogue de sourd lundi. Bruxelles et Athènes n'ont pas réussi à faire converger leurs points de vue sur le patient grec, qui va très bientôt manquer d'argent mais refuse de se faire imposer des réformes de l'extérieur en échange de fonds supplémentaires. Les Européens vont à nouveau aborder le sujet mardi mais, signe que le ton monte, ils ont déjà fixé une date limite : la Grèce a une semaine pour accepter une extension de son programme d'aide financière actuel.

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© PHILIPPE HUGUEN/AFP

Quel est le problème avec la  Grèce ? L'enjeu de l'Eurogroupe était de trouver comment la Grèce va se financer à court terme, alors que son programme d'aide prend fin le 28 février. Faute d'un accord rapide, la Grèce, qui ne peut emprunter qu'à des taux prohibitifs et doit faire face à d'importantes échéances de remboursement dans les mois à venir, risque de se retrouver à court d'argent. Avec le risque, à terme, d'une sortie de l'euro, même si, selon des analystes, Athènes pourrait survivre financièrement jusqu'à l'été mais "avec des liquidités limitées".

A plus long terme, la Grèce a néanmoins besoin de l'argent de l'Eurogroupe, mais ce dernier a posé ses conditions : échaudés par la lenteur des réformes grecques, les pays de la zone euro exigent de pouvoir surveiller son calendrier. Une supervision qui ressemble fort à celle de la "troïka" (UE-FMI-BCE) que le Premier ministre grec n'a cessé de dénoncer pendant la campagne électorale et qu'il ne peut aujourd'hui accepter. Les négociations organisée lundi ont donc abouti à un échec, le gouvernement grec dénonçant un projet d'accord "déraisonnable" et "inacceptable".

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Pourquoi ça bloque ? Pour des questions de fond mais aussi et surtout de forme : personne ne veut politiquement perdre la face. Le nouveau gouvernement grec a fait de la fin de l'austérité une promesse électorale et ne peut accepter un nouveau plan de rigueur, même s'il est négocié en bonne intelligence avec le reste des pays de la zone euro. En face, plusieurs pays doivent obtenir l'aval de leur parlement avant tout versement d'argent à la Grèce : il leur est politiquement difficile d'accepter une nouvelle aide sans conditions, d'autant que la Grèce n'a pas effectué toutes les réformes promises en échange des précédents plans d'aide.

Sur le fond, les points de vue commencent pourtant  à converger et une évidence s'impose : pour continuer à recevoir de l’argent, Athènes va devoir accepter une surveillance européenne pendant quelques mois supplémentaires. La Grèce y serait prête mais elle exige en échange un changement sémantique qui lui permette de vendre cet accord à sa population : remplacer dans tous les documents officiels le terme "troïka" par "institutions". Le choix des mots est tout aussi important pour l'Allemagne, la Finlande et les pays les plus intransigeants avec Athènes : ils exigent que le nouvel accord prenne la forme d'une "demande formelle d'assistance"

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© AFP/LOUISA GOULIAMAKI

Un nouveau round mardi. Les parties ont donc eu toute la nuit pour faire le point sur ce qui leur semble acceptable et ce qui ne l'est pas. Hasard du calendrier, une réunion des ministres européens des Finances était prévue mardi, une occasion qui va permettre de poursuivre les négociations avec la Grèce.

Reste à savoir qui fera le premier pas en direction de l'autre. Il est "très clair que le prochain pas doit venir des autorités grecques (...) et au vu du calendrier, on peut utiliser cette semaine, mais c'est à peu près tout", a déclaré le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, après la fin brutale des négociations. "Je n'ai aucun doute que dans les prochaines 48 heures, l'Europe va réussir à nous soumettre (un document) afin que nous commencions le vrai travail et mettions sur pied un nouveau contrat", a de son côté réagi Yanis Varoufakis, le ministre grec des Finances.

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