Les banques françaises se sentent bien dans les paradis fiscaux

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Les banques françaises se sentent bien dans les paradis fiscaux
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FINANCE - Les cinq principales banques françaises y réalisent un quart de leur chiffre d’affaires.

Qui dit paradis fiscaux dit banques, mais il reste encore difficile de connaître l’ampleur de cette relation fusionnelle. Alors un collectif d’ONG a profité des nouvelles obligations de transparence imposées aux établissements bancaires pour se pencher sur leurs résultats. Ce qui permet de passer de l’impression diffuse au constat précis : les cinq principales banques françaises ont établi un tiers de leurs filiales dans des paradis fiscaux. Et un peu plus d'un quart (26%) du chiffre d'affaires réalisé à l'international par ces banques françaises vient de paradis fiscaux.

"Ces chiffres, même partiels, confirment que le recours aux paradis fiscaux, loin d'être anecdotique, est au coeur du fonctionnement des banques ayant des stratégies internationales", a commenté Grégoire Niaude, du Secours Catholique - Caritas France, co-auteur de l'étude.

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Comment a été menée cette étude ? La Plateforme paradis fiscaux et judiciaires, qui regroupe 19 ONG et syndicats, a analysé les documents de référence des banques BNP Paribas, Société Générale, BPCE, Crédit Agricole et Crédit Mutuel, et notamment l’implantation et les résultats de leurs filiales dans les paradis fiscaux.

Cette étude utilise pour sa définition du paradis fiscal une large liste de 60 pays, établie en 2009 par le Tax Justice Network, qui comprend notamment la Suisse, l'Irlande ou le Portugal. La plateforme a toutefois exclu les Etats-Unis, le Royaume-Uni et le Portugal de la liste pour ne pas fausser ses données.

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Le Luxembourg, destination préférée pour la finance obscure. "Il n'y a rien dans mon passé qui démontrerait que mon ambition était d'organiser l'évasion fiscale", a assuré mercredi Jean-Claude Juncker, nouveau président de la Commission européenne et Premier ministre du Luxembourg pendant 18 ans. Sauf que, bizarrement, le Luxembourg est le paradis fiscal préféré des banques françaises, avec pas moins de 117 filiales. Les banques y enregistrent près du quart du chiffre d'affaires qu'elles réalisent dans les paradis fiscaux. Le Grand Duché est suivi par la Belgique, Hong Kong et la Suisse.

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L’autre pays qui se démarque sont les Iles Caïman, qui constituent le trou noir des activités bancaires, avec des chiffres d'affaires très disparates (parfois négatifs), une quinzaine de filiales dénombrées pour les grandes banques françaises mais aucun employé, au motif qu'ils sont localisés dans d'autres pays ou que les activités réalisées sont imposées dans d'autres territoires.

Ces choix n’ont aucun rapport avec l’économie réelle. L’exemple du Luxembourg est encore une fois éclairant : il s’agit du paradis fiscal préféré des banques françaises, alors que ce pays ne compte qu’environ 550.000 habitants et que son PIB est inférieur à celui de la Roumanie ou encore de la Slovaquie.

L'étude relève également que les paradis fiscaux sont plus attractifs que les pays émergents, pourtant bien plus dynamiques : les banques françaises y réalisent trois fois plus de chiffre d'affaires que dans les BRICS (Brésil, Russie, Chine, Inde, Afrique du Sud).

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