Les hôpitaux parisiens rouvrent l’épineux dossier des 35 heures

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Les hôpitaux parisiens rouvrent l’épineux dossier des 35 heures
@ BORIS HORVAT/AFP
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CASSE-TÊTE - Le directeur général de l’AP-HP veut renégocier l’organisation du temps de travail dans un contexte social déjà tendu.

Le rendez-vous s’annonce tendu. Le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, a décidé de rouvrir le très sensible dossier des 35 heures. Objectif de la manœuvre : réaménager le temps de travail des 75.000 agents - hors médecins - pour réaliser des économies. Mais les négociations s’annoncent compliquées tant le climat social dans les hôpitaux parisiens est dégradé.

Les 35 heures, un casse-tête. Les opposants aux 35 heures ont pris pour habitude de citer en exemple les hôpitaux pour dénoncer cette organisation du temps de travail. Et pour cause : dans ce secteur, le temps de travail a été réduit sans embaucher assez de personnel supplémentaire pour compenser. Résultat, le personnel ne peut pas prendre toutes les RTT auquel il a droit ou effectue des journées plus longues que ce qui est prévu. Les employés sont donc sous tension, un malaise qu’on retrouve dans les chiffres de l’absentéisme : un agent est en moyenne absent 20 jours par an.

"Il y a un cadre mais on est très souvent en position de dépasser ce cadre", résume pour Europe 1 Didier Bernus, secrétaire général FO des personnels de santé. "On va rappeler des collègues sur leur repos. Au moment de poser des congés annuels, on va leur dire que la période qu’ils ont choisie, ce n’est pas possible, on va les décaler. Il y a des gens qui ont des jours de RTT à prendre au cours de l’année et qui n’en ont pas la possibilité. Ou alors des heures supplémentaires qui ne sont ni payées, ni récupérées, donc qui s’accumulent. Cela ne tient qu’un moment et, à force de tirer sur la corde, ça finit par péter. Cette irrégularité provoque effectivement un niveau de fatigue et de pénibilité accru. Il y a beaucoup de collègues qui sont obligés de prendre des anxiolytiques pour tenir la pression  et l’absentéisme augmente", précise-t-il.

Objectif : faire mieux avec autant de personnel. La direction souhaite donc réformer l’organisation du travail, d’autant qu’elle est censée réaliser une économie de 20 millions d’euros par an d’ici 2016. A ses yeux, revoir les 35 heures permettrait d’éviter des suppressions de postes. Sans "cette réforme, le respect de notre trajectoire financière pourrait conduire mécaniquement à la suppression de 4.000 emplois", affirme la direction de l'AP-HP, avant d’ajouter : "notre choix est différent et l'objectif de la réforme est au contraire de stabiliser l'emploi au lit du malade".

07.05.Sante.hopital.medecin.FREDERICK FLORIN.AFP.1280.640

© FREDERICK FLORIN/AFP

Vers un nouvel aménagement du temps de travail ? Pour récupérer des heures de travail, la direction travaille sur plusieurs pistes. La pause déjeuner, qui est comptée comme du temps de travail, pourrait ne plus l’être. Autre solution envisagée, réduire un peu le temps de travail, chaque jour : 7h30 au lieu de 7h36. Une réforme qui permettrait de réduire mécaniquement le nombre de RTT, qui varie aujourd’hui entre 20 et 24 jours. La direction pourrait également revoir le planning pour réduire le temps durant lequel les équipes du matin et celles du soir se chevauchent.

"Un risque de démotivation très fort". Du côté des syndicats, on ne cache pas que les négociations seront dures. Redoutant une réforme "extrêmement violente pour les agents", Didier Choplet, secrétaire général adjoint de la CFDT de l'AP-HP prévient : "nous sommes très inquiets sur le climat social que cela va générer", alors que les tensions sont déjà vives en raison notamment de la non revalorisation des salaires.

Des négociations (déjà) mal parties. Dans ce contexte les discussions s'annonçaient tendues, d'autant que l'intersyndicale CGT-SUD-FO a déjà lancé un appel à la grève pour le 21 mai. Une motion locale est également partie de l'hôpital Saint-Louis mardi, pour "refuser la perte de jours" qui se profile et dont l'ampleur "dépend clairement du rapport de forces", selon Thierry Amouroux, délégué CFE-CGC.

Une défiance qui s'est confirmée mercredi, lors de la première rencontre entre syndicats et direction : le syndicat Sud-Santé , qui représente 24% des salariés de l'AP-HP, a boycotté la rencontre tandis que Force Ouvrière ainsi que la CGT ont quitté la table des négociations au bout d'une heure.