Les Grecs "font de la démagogie pure"

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Les Grecs "font de la démagogie pure"
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INTERVIEW E1 - L'économiste et essayiste Alain Minc estime que les Grecs "sont en train de tomber dans leur travers théâtral".

Un deuxième réunion n'aura pas suffit : les pays de la zone euro et la Grèce n'ont pas réussi à se mettre d'accord lundi sur l'aide financière à apporter à Athènes. Alors que l'Eurogroupe propose une extension de son programme de redressement, c'est-à-dire un délai supplémentaire pour achever la feuille de route prévue, la Grèce réclame de mettre entre parenthèses les réformes synonyme d'austérité.

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Une nouvelle réunion doit prochainement avoir lieu mais pour l'économiste et essayiste Alain Minc, invité mardi matin sur Europe 1, la Grèce se rapproche un peu plus du gouffre. "Je pensais que les Grecs faisaient un peu de cinéma en arrivant au pouvoir et deviendraient vite raisonnable. Là, j’ai l’impression qu’ils ne le sont pas", a-t-il estimé, avant d'ajouter : "les Grecs peuvent être en faillite dans 10 jours, c’est possible". "Ce n’est pas nous qui sortons les Grecs de l’euro, ce sont les Grecs qui décident de ne pas respecter des règles communes que des pays moins riches qu’eux respectent avec soin et méthodologie", a estimé Alain Minc.

"On leur offre une voie de sortie et en réalité, je pense que les Grecs sont en train de tomber dans leur travers théâtral", a-t-il ajouté :



Minc : Les Grecs " font de la démagogie pure "par Europe1fr

A quoi devrait ressembler l'accord ? "Si la raison prévalait, on sait quel est le débouché de cette affaire : entre gens raisonnables, c’est d’allonger la durée des prêts faits aux Grecs, c’est de réduire un peu le taux d’intérêts et d’obtenir en échange que les Grecs paient des impôts. Si les Grecs payaient des impôts comme des Italiens, par exemple, il n’y aurait pas de problème grec : ils auraient 10 milliards d’euros de plus par an", a souligné Alain Minc.

Et Alain Minc de poursuivre : "la raison amènerait donc à un accord. La question qui se pose est : est-ce que le Grecs sont théâtraux, irrationnels ou incompétents ? Ils polarisent par exemple sur l’Allemagne mais le problème n’est pas qu’allemand : vous croyez que le Premier ministre de Lettonie ou de Slovaquie peuvent facilement expliquer à leur pays que leurs contribuables, si on annule la dette, va payer pour augmenter un Smic qui représentent le double de celui dans leur pays ?"

Tsipras Syriza AFP 1280

© AFP/ANGELOS TZORTZINIS

Les Grecs prennent le risque "de revenir à l’âge de pierre". Face à l'enlisement des négociations, l'hypothèse d'une sortie de la Grèce de la zone euro refait surface. Un scenario dans lequel les Grecs seraient les premiers perdants aux yeux d'Alain Minc. "Supposons une seconde que les Grecs sortent de la zone euro : il y a quelque chose de grave pour les autres Européens et quelque chose de dramatique pour les Grecs. Pour les autres Européens, cela veut dire qu’on peut sortir, c’est un mauvais signe. Pour les Grecs, ils vont voir ce que c’est de revenir à l’âge de pierre. Qu’est-ce que cela veut dire 'sortir de la zone euro' ? On émet une monnaie, cette monnaie va ressembler aux assignats de la Révolution française : elle va s’effondrer, le niveau de vie va baisser, on sera obligé de faire un contrôle des capitaux, du protectionnisme et les Grecs, qui ont déjà perdu 25% de pouvoir d’achat, en perdront 25% en plus", a-t-il pronostiqué.

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Ces problèmes auxquels la Grèce doit s'attaquer.  Pour Alain Minc, la plupart des réformes exigées par l'Eurogroupe vont pourtant dans le bon sens, d'autant qu'Athènes y a tout intérêt. "La Grèce est un pays où vous avez 50 contribuables qui paient plus de 50.000 euros d’impôts à Athènes alors que la moindre maison au cap Sounion vaut plus d’un million d’euros. La Grèce n’est pas un pays qui a un problème de compétitivité, elle n’exporte pas des machines outils en concurrence avec l’Allemagne : elle a un problème en réalité de recettes fiscales", a-t-il argumenté.

Et Alain Minc de conclure : "je pensais que les Grecs faisaient un peu de cinéma en arrivant au pouvoir et deviendraient vite raisonnables. Là, j’ai l’impression qu’ils ne le sont pas. Et puis, ils vous parlent de réforme fiscale depuis quelques jours ? Ils vous disent qu’il faut faire payer l’Eglise, qu’il faut faire payer les armateurs, les classes supérieures, qu’il faudrait que les médecins ne soient plus exonérés d’impôt de fait ? Vous avez entendu cela dans le discours de ces gens là ? Rien, rien de rien :  Ils ne donnent aucun gage, ils font de la démagogie pure, tant pis pour eux".

>> Retrouvez l'intégralité de cet entretien :



Minc : "Les Grecs peuvent être en faillite dans...par Europe1fr