Les entreprises françaises avancent leurs pions en Iran

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Les entreprises françaises avancent leurs pions en Iran
@ STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
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PERSEPOLIS - La France n’a pas réservé le meilleur accueil au président iranien pour rien : les entreprises françaises ont multiplié les contrats.

La visite en France du président iranien Hassan Rohani était très attendue par les entreprises hexagonales et elles n’ont pas été déçues : de nombreux contrats ou protocoles d’accord ont été signés mercredi et jeudi pour un montant "potentiel" de 15 milliards d'euros, dixit l'Elysée. Automobile, aéronautique, ferroviaire, industrie pharmaceutique, transport de marchandise, pétrole : de nombreux secteurs ont su saisir cette opportunité pour partir à la conquête du marché iranien. Reste à transformer ces protocoles d’accords en contrats définitifs.

"Un nouvel élan" dans les relations franco-iraniennes. Sous embargo depuis une quinzaine d’années, l’Iran et ses 79 millions d’habitants ont été tenu à l’écart du commerce international. Téhéran souhaite donc donner "un nouvel élan" à sa relation commerciale – mais pas que – avec la France, selon les termes du président iranien.

"Nous sommes prêts à tourner la page (pour) une relation nouvelle entre nos pays", a-t-il déclaré, tandis que Manuel Valls lui a répondu que "l'Iran peut compter sur la France". "La France est prête à mobiliser ses entreprises, ses ingénieurs et ses techniciens, ses ressources nombreuses pour contribuer à la modernisation de votre pays", a-t-il ajouté, en appelant à "des partenariats ambitieux" et "des coopérations de long terme".

25 milliards d’euros d’avions. Premier bénéficiaire de cette tournée autant diplomatique qu’économique, le groupe européen Airbus a signé un protocole d’accord pour livrer 118 avions à l’Iran. Facture estimée pour "73 gros-porteurs et 45 monocouloirs" : 25 milliards d’euros que se répartiront les Etats européens réunis dans Airbus. Et ce n’est peut-être qu’un début puisque l’Iran estime avoir besoin de 400 à 500 nouveaux avions au cours des dix prochaines années, un marché que l’Américain Boeing aura plus de mal à conquérir que ses homologues européens et russes.

Des aéroports et des gares à rénover. Les installations aéroportuaires iraniennes sont tout aussi vieillissantes que sa flotte commerciale, or les entreprises française disposent d’un savoir-faire dans ce secteur, qu’il s’agisse de la construction des infrastructures ou de leur gestion. Ainsi, Aéroports de Paris et Bouygues ont signé un protocole d'accord pour la construction et l'exploitation d'un nouveau terminal à l'aéroport Khomeiny de Téhéran. De son côté, Vinci a signé un protocole d’accord pour rénover les aéroports de Mashhad et d'Ispahan.

La SNCF n’est pas en reste puisqu’elle a signé un protocole de coopération avec les chemins de fer iraniens. Elle devrait participer au développement des transports ferroviaires urbains et périurbains, mais aussi à celui des lignes à grande vitesse et exploiter plusieurs gares. En juillet, une filiale de la SNCF avait déjà signé un contrat pour rénover les gares des Téhéran, Mashhad et Qom. Or, ce n’est que le début : la compagnie ferroviaire estime que l’Iran va investir "50 milliards d'euros, dont 20 milliards d'ici à 2025".

Du pétrole, évidemment. L’Iran disposant des quatrièmes réserves mondiales d’or noir et Total étant l’une des rares compagnies occidentales à être restée sur place malgré l’embargo, de nouveaux contrats pétroliers étaient attendus. C’est désormais chose faite puisque Total devrait acquérir entre 150.000 et 200.000 barils de brut iranien par jour, soit environ 5% de sa production quotidienne à moyen terme. Cette fois-ci, l’accord est définitif et il pourrait être complété par de nouveaux partenariats dans les domaines de l'exploration-production, du gaz, de la pétrochimie et du trading de brut.

Renault et PSA face à un marché d’1,5 million de voitures neuves par an. Le secteur de l’industrie automobile a pris de l’avance en annonçant dès mercredi des accords. Peugeot Citroën, pour qui l’Iran était son deuxième marché derrière la France en 2011,  a officialisé son retour : PSA va lancer une coentreprise avec Iran Khodro pour produire sur place 200.000 voitures par an. C’est deux fois moins qu’en 2012, lorsque le constructeur automobile avait quitté l’Iran mais PSA sait que la situation a depuis changé puisque les constructeurs coréens et chinois ont profité du vide. Renault avait, lui, préféré rester et n’a donc pas annoncé de nouveaux contrats. Mais sa marque Dacia y rencontre un grand succès et la marque au losange compte accélérer son développement dès les banques iraniennes pourront entretenir des relations normales avec leurs homologues françaises.

Un traitement des eaux à la française. "Les infrastructures sont la priorité des autorités : privées d’un quart de leurs recettes budgétaires à cause de l’embargo, elles ont comprimé le budget des infrastructures, qui sont en mauvais état. Il y a d’énormes besoins dans la gestion de l’eau et la protection de l’environnement, c’est une catastrophe", expliquait la semaine dernière à Europe 1 Thiery Coville, spécialiste de l’Iran enseignant l’économie à l’école Novancia et chercheur à l’IRIS. Le groupe Suez a su en profiter pour signer un accord-cadre afin de coopérer avec le gestionnaire iranien des eaux.

Et de nombreux autres contrats. Cette liste est loin d’être exhaustive puisque d’autres entreprises françaises ont avancé leurs pions. L'armateur marseillais CMA CGM a signé un protocole d'accord pour louer des espaces de navires, exploiter des lignes maritimes communes et coopérer sur l'utilisation de terminaux portuaire. Richel va de son côté construire 50 hectares de serres de haute technologie dans un pays régulièrement frappé par la sécheresse. Enfin, le groupe pharmaceutique Sanofi devrait se rapprocher de ses homologues iraniens et participer à plusieurs programmes de recherche.