Le CAC 40 sous les 4.000 points : un tournant inquiétant ?

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Le CAC 40 sous les 4.000 points : un tournant inquiétant ?
@ FRANK RUMPENHORST / DPA / AFP
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FINANCE - Les indices boursiers européens ont tous plongé dans le rouge mardi. Le CAC 40 a fini sous les 4.000 points.

INTERVIEW

Tout un symbole : mardi, le CAC 40 a fini sous la barre des 4.000 points, à 3.997,54 points, ce qui ne lui était pas arrivé depuis la mi-décembre 2014. Cet épisode confirme que les marchés sont de plus en plus instables et inquiets. D’autant que la place de Paris n’est pas la seule à connaître un début d’année difficile puisque presque toutes les Bourses européennes ont décroché mardi : Francfort (-0,68% à la clôture), Milan (-3,2%), Madrid (-2,4%), Athènes (-2,9%) et même Londres (-1%).

Comment expliquer ces nouvelles turbulences boursières et peut-on craindre un nouveau décrochage ? Europe 1 a posé la question à Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank.

Pourquoi les marchés boursiers sont-ils si fébriles ? "C’est essentiellement la conjonction de trois facteurs qui pénalisent aujourd’hui les marchés : le prix bas du baril de pétrole qui fragilise de nombreux secteurs d’activité, la situation en Chine de plus en plus compliquée avec un ralentissement marqué de la croissance, et désormais les inquiétudes sur le secteur bancaire, notamment en Italie. Ce qui inquiète, c’est que les banques ne soient pas aussi saines qu’on aurait pu le croire : sont-elles en mesure de prêter et, si oui, sur la longue durée ? C’est l’inquiétude qui a commencé à émerger en Italie.

L’évolution du taux de créances douteuses en Italie n’a cessé d’augmenter depuis 2008. Si on avait eu une veille attentive sur ce qui se passait dans le secteur bancaire italien, il n’y aurait pas eu de réelle surprise. Mais on a eu en janvier les dernières données de la Banque d’Italie qui a montré qu’on avait un taux de créance douteuse de 235 milliards d’euros et qu’il sera vraisemblablement nécessaire de créer une "bad bank" (une banque de défaisance). C’est ce déclic qui a provoqué la panique sur le secteur bancaire italien et, derrière cela, jeté le discrédit sur l’ensemble du secteur bancaire européen".

Ce nouveau décrochage boursier est-il grave ? "On est à l’heure actuelle dans un bel exemple de l’irrationalité des marchés financiers parce que même si les banques sont chahutées au niveau des cours boursiers, elles ne sont aujourd’hui pas en difficulté en termes d’accès au crédit et surtout elles sont dans une situation extrêmement saine. On est très loin du risque qu’une banque de la zone euro fasse faillite. On est dans une période d’exagération, la question est de savoir si cela peut durer.

Ce mouvement est en revanche grave dans le sens où aujourd’hui rien ne permet d’anticiper un retour durable à la hausse. Habituellement, les banquiers centraux permettaient, grâce à leurs discours et aux mesures qui étaient prises, de rassurer les marchés financiers. Aujourd’hui, on sait que la plupart des banquiers centraux n’ont pas un vrai dispositif, de réelles mesures surprise à sortir du chapeau. Il y a donc une vraie inquiétude concernant l’avenir. On sait bien que Mario Draghi, le directeur de la BCE,  fera de son mieux au mois de mars pour essayer de rassurer les marchés mais il dispose de peu d’outils. En plus des inquiétudes déjà présentes, on risque un discrédit des banquiers centraux".

Est-ce une simple turbulence ou le début d’un décrochage qui va durer ?  "On est pour l’instant dans une zone de turbulence car tous les facteurs cités (Chine, Italie) ne sont pas prompts à eux seuls à entraîner un krach boursier de type 2008. En revanche, il faudra surveiller si les banques centrales sont en mesure de rassurer les marchés financiers. Car on est clairement dans une crise de confiance : on espérait que l’année 2016 soit vraiment l’année de la reprise avec une croissance forte et des marchés financiers qui se portent bien. Et on s’est rendu compte dès les premiers jours que les principaux organismes internationaux ont révisé à la baisse leurs prévisions de croissance. Cela a jeté un froid et depuis on ne cesse d’accumuler les mauvaises performances économiques et financières".