Le revirement de Nicolas Hulot sur le nucléaire

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Le ministre de la Transition écologique et solidaire a laissé entendre mardi que la France ne pourrait pas ramener la part du nucléaire dans la production d'électricité à 50% en 2025, et fixé un nouveau cap.

Non, la part du nucléaire dans la production d'électricité en France ne sera pas passée à 50% d'ici 2025. Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, a fait voler en éclat mardi cette date symbolique, entérinée dans la loi de transition énergétique de 2015, rédigée sous la présidence de François Hollande. Il table plutôt désormais sur 2030, voire 2035. "Si l'on veut maintenir la date de 2025 pour ramener dans le mix énergétique le nucléaire à 50%, ça se fera au détriment de nos objectifs climatiques. Et ça se fera au détriment de la fermeture des centrales à charbon et probablement que si l'on voulait s'acharner sur cette date, il faudrait même rouvrir d'autres centrales thermiques", a-t-il expliqué à l'issue du Conseil des ministres mardi.

La colère du militant... Le 8 septembre 2015, quelques semaines après la publication au Journal Officiel de la loi énergétique et deux jours avant une réunion préparatoire de la Cop21, une polémique éclatait sur la fermeture ou non de la centrale nucléaire de Fessenheim, la plus vielle de France, avant la fin du mandat de François Hollande. Ségolène Royal, à l'époque ministre de l'Ecologie, avait en effet laissé entendre en marge d'un déplacement à Strasbourg que le retard pris dans la construction de l'EPR de Flamanville repoussait l'échéance à 2018, alors même que le président avait promis durant la campagne de régler le sort de cette centrale durant son quinquennat. Dans la foulée Nicolas Hulot était venu sur Europe 1, au micro de Thomas Sotto, pour redire combien il lui importait que les objectifs quant à la réduction de la part du nucléaire soient tenus dans les délais fixés. "Ce qui m'importe, c'est qu'on tienne les engagements que, dans la production d'électricité française, le nucléaire revienne à 50%" à l'horizon 2025 contre 75% actuellement", martelait-il.

... et la retenue du ministre. Deux ans et une majorité plus tard, l'ancien présentateur télé, devenu entre-temps membre du gouvernement, a donc changé de ton. Car Nicolas Hulot a décidé de se donner du temps : il veut une trajectoire réaliste pour réduire la part du nucléaire à 50%, d'où ce nouvel objectif de 2030 ou 2035. Ces dix années supplémentaires doivent notamment permettre de développer plus d'énergies renouvelables, car aujourd'hui, elles restent encore trop marginales. 12% de l'énergie produite en 2016 en France est d'origine hydraulique selon le rapport annuel de RTE France, le pays n'a pas les capacités géographiques de faire beaucoup plus. Mais il peut davantage sur l'éolien (3,9%) et le photovoltaïque (1,6%).

Feuille de route. Mais il faut une de volonté politique pour y parvenir, des moyens mais pas seulement. Les projets rencontrent souvent une forte opposition localement, surtout pour les éoliennes, les habitants n'en voulant pas chez eux. Ce sera donc l'un des défis de Nicolas Hulot : accélérer le développement des énergies renouvelables, notamment en réduisant le délai des recours déposés contre les projets d'éoliennes. La trajectoire passera tout de même par des fermetures de réacteurs nucléaires. Mais combien et à quel rythme ? C'est l'autre question à laquelle le ministre devra répondre. Aujourd'hui, seule la fermeture de Fessenheim reste confirmée quand l'ouverture de l'EPR de Flamanville, malgré de nombreux couacs, est toujours fixée à fin 2018.