"Journée de solidarité" : le lundi de Pentecôte, un jour férié pas comme les autres

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"Journée de solidarité" : le lundi de Pentecôte, un jour férié pas comme les autres
En ce lundi de Pentecôte, l'activité économique devrait chuter de 70% en moyenne, et sept salariés sur dix resteront à la maison.@ FREDERICK FLORIN / AFP
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DÉCRYPTAGE - Le lundi de Pentecôte reste un jour férié mais il n'est pas rémunéré. Le but : aider les personnes dépendantes.

Beaucoup de salariés feront la grasse matinée en ce lundi de Pentecôte. Selon le cabinet Randstad, l'activité économique va chuter de 70% en moyenne, et sept salariés sur dix resteront à la maison. Depuis 2004, pourtant, cette journées est associée à la journée de solidarité envers les personnes âgées ? Qu'en est-il aujourd’hui ? Elle existe toujours, même si elle prend des formes diverses. Décryptage.

Alors, férié ou pas férié, ce lundi ? Le terme "jour férié" désigne simplement un jour commémorant un événement. En France, le lundi de Pentecôte, fête chrétienne qui célèbre la visite de l'Esprit-saint aux apôtres, a été férié, chômé et rémunéré de 1801 et 2004. En clair, les salariés ne travaillaient pas, et ils étaient tout de même payés.

En 2004, un an après la grande canicule, le gouvernement Raffarin décide de rendre cette journée fériée, non chômée et non rémunérée, en solidarité avec les personnes âgées. En clair, les salariés sont alors obligés de travailler, mais ils ne sont pas payés. Le bénéfice de cette activité doit être reversé à l'Etat, et les fonds servent à aider les maisons de retraite à se moderniser, à financer des heures d'aide à domicile pour les seniors ou encore payer des dispositifs en faveur des handicapés.

En 2008, le gouvernement Fillon décide  d'assouplir la règle : les salariés sont obligés de travailler 7h de plus dans l'année sans être payés, mais ils ne sont pas obligés de le faire le lundi de Pentecôte. Celui-ci reste un jour "férié", au sens où il célèbre toujours officiellement la Pentecôte, mais cela prend des formes diverses pour les salariés.  

Dans les faits, comment ça se passe ? La plupart du temps, ce sont les partenaires sociaux qui se mettent d'accord sur la marche à suivre, via des négociations branche par branche, dans les services publics comme dans le privé.

- Dans beaucoup de cas, les salariés ne sont pas payés le lundi de Pentecôte. Ils décident donc souvent de ne pas travailler et posent un jour de congé ou un RTT.

- Plusieurs entreprises décident aussi de rémunérer leurs salariés à leurs frais. Ces derniers viennent alors travailler et ils sont bel et bien payés. Les entreprises versent alors l'équivalent d'une journée de salaire de leurs employés à l'Etat, sans leur demander de travailler gratuitement.

- Dans certains cas, la journée de solidarité est respectée : les salariés travaillent ce lundi là, sans être payés.

- D'autres entreprises, enfin, ont décidé de répartir cette journée de travail non payé sur toute l'année, à raison d'une ou deux minutes de rallonge de travail chaque jour sans augmentation de salaire.

>> (Ré)écoutez aussi les explications de Stépanie Lecoqu, directrice des études de l'institut supérieur du travail :


"On doit travailler 7 heures de plus...par Europe1fr

Combien cela rapporte-t-il ? La somme gagnée correspond à 0,3% de la masse salariale annuelle. Elle est reversée par les entreprises à une caisse créée pour l'occasion : la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie. L'année dernière, ce sont ainsi un peu plus de 2,46 milliards d'euros qui ont été récoltés. Ce type de journées existe aussi en Allemagne, à l'origine du concept, ainsi qu'aux Etats-Unis.