Le Brexit risque de couper les ailes d'Easyjet

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Le Brexit risque de couper les ailes d'Easyjet
@ REMY GABALDA / AFP
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TRANSPORT - Le divorce d’avec l’UE risque de compliquer la vie des compagnies aériennes établies outre-Manche et d’augmenter les tarifs.

Le Brexit inquiète des milliers d’entreprises, mais il est un secteur dans lequel le vote des Britanniques provoque particulièrement des sueurs froides : le transport aérien, et plus spécialement les compagnies aériennes low cost. Easyjet, domicilié au Royaume-Uni, a beaucoup à perdre, sans oublier toutes les compagnies très présentes dans le pays, à commencer par l'Irlandaise Ryanair.

Un Brexit synonyme de turbulences. Une fois passé le choc du Brexit, la compagnie Easyjet a fait ses comptes, et les résultats ne sont pas rassurants. "Après le résultat du référendum sur l'UE, nous estimons que l'été sera probablement marqué par des incertitudes supplémentaires pour l'économie et les consommateurs et nous prévoyons en conséquence que le chiffre d'affaires par siège à taux de change constant au second semestre devrait baisser d'au moins 5% par rapport au second semestre 2015", a indiqué la société dans un communiqué. Le groupe IAG (British Airways, Iberia, Vueling) a lui aussi abaissé vendredi ses perspectives financières.

Les marchés financiers partagent cette inquiétude et cela se voit : depuis jeudi soir, le titre Easyjet a perdu  près de 32%, tandis que l’action IAG a chuté d’environ 31%. Lundi en milieu de journée, l’action Ryanair avait, elle aussi, décroché de près de 19% : cette compagnie n’est certes pas britannique mais elle a réalisé 27% de son chiffre d’affaires au Royaume-Uni lors de sa dernière année comptable. "C'est la fin des temps d'abondance pour les compagnies aériennes, les aéroports et les passagers britanniques", résume Peter Morris, expert au cabinet Ascend Flightglobal Consultancy interrogé par l’AFP.

Que change le Brexit pour les vols low cost ? Les inquiétudes des compagnies aériennes sont multiples. Il y a d’abord les conséquences à court terme, liées à la baisse de la livre sterling : cette dernière va renchérir les achats de carburant, premier poste de dépenses des compagnies aériennes, et mais aussi le prix des billets payés par les Britanniques. Voyant leur pouvoir d’achat reculer, ces derniers risquent donc de moins voyager.

Les autres conséquences sont plus lointaines mais prises encore plus au sérieux : la sortie du marché unique aérien. En effet, l’UE a permis la création d’une union politique, d’un marché unique, mais aussi du "ciel unique européen" depuis 2004. Ce système a levé toutes les restrictions commerciales pesant sur les compagnies aériennes "communautaires". Depuis, une compagnie aérienne européenne n’est plus obligée d’avoir une base dans un pays pour y faire décoller ou atterrir ses avions. De même, elle n’a pas besoin d’une autorisation officielle pour ouvrir une liaison et peut fixer librement ses tarifs. En outre, elle peut en racheter une autre compagnie sans que l’Etat d’origine de cette dernière ne s’y oppose.

Dit plus concrètement, une compagnie comme Easyjet ne pourrait plus créer de nouvelles liaisons au sein de l’UE ni casser ses prix pour attirer de nouveaux clients. Quant au groupe IAG, il pourrait ne plus développer sa filiale Vueling. Résultat, les voyageurs européens se verraient proposer moins de vols et, pour ceux qui se rendront au Royaume-Uni, devraient payer de nouvelles taxes.

Opération lobbying pour éviter le Brexit dans les airs. La sortie de l’UE est donc prise très au sérieux par le secteur aérien britannique, qui a ardemment milité pendant la campagne en faveur du "remain". Même la compagnie irlandaise Ryanair avait lancé une opération de communication auprès de ses clients pour les inciter à voter pour le maintien dans l’UE.

Sitôt connu le résultat du référendum, EasyJet a écrit aux autorités britanniques et européennes pour leur demander de maintenir le Royaume-Uni dans le ciel unique européen. L’ACI Europe, qui regroupe la plupart des gestionnaires d’aéroports européens, milite également dans ce sens et estime qu’il n’existe "pas de marche en arrière possible", dixit le site spéciliasé Air Journal. Il va néanmoins falloir convaincre le reste de l’Europe lors de négociations dans lesquelles Londres aura bien moins son mot à dire. Si cette opération de lobbying échoue, Easyjet envisage même de déménager son siège social dans l’UE pour continuer à profiter de ses facilités... et de ses clients.