Le Brexit affole les places boursières et inquiète les entreprises

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Le Brexit affole les places boursières et inquiète les entreprises
@ ANTHONY WALLACE / AFP
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ECONOMIE - Chute de la livre sterling, des bourses européennes et asiatiques, etc. : les marchés financiers ont vivement réagi au vote des Britanniques en faveur d'une sortie de l'Union européenne.

L'ESSENTIEL

Dans un secteur où la réactivité est une valeur cardinale, la réaction ne s'est pas fait attendre. Les premiers résultats du référendum britannique à peine connus, les milieux économiques ont réagi : le cours de la livre sterling est tombé à un niveau qui n'avait pas été vu depuis 1985, les bourses ont dévissé et les grandes banques centrales ont promis d'agir si la situation dégénère. A la clôture, le Cac 40 termine en baisse de 8,04%, alors que la Bourse de Londres a perdu 2,76%. Europe 1 vous résume les principales informations économiques d'une journée mouvementée.

Les principales informations à retenir : 

• Le Brexit a provoqué une chute des principaux indices boursiers

• Les observateurs sont pessimistes pour la croissance et la note souveraine du Royaume-Uni

• Une fois les turbulences passées, les pays de la zone euro pourraient en profiter

Les bourses en pleine zone de turbulence. Les places boursières asiatiques, les seules ouvertes au moment où les premiers résultats sont tombés, se sont rapidement affolées : la Bourse de Tokyo a clôturé en baisse de 7,92%. La tendance s'est confirmée en Europe : la Bourse de Paris a terminé en chute de 8,04% vendredi soir. L'indice allemand du Dax a perdu 6,82%, tandis que la Bourse de Londres a cloturé sur une baisse de 2,76%. Les plus grosses chutes sont enregistrées à Madrid et Milan, qui clôturent en baisse de 12,35% et 12,48%. De prime abord, le fait que la Bourse britannique dévisse moins que les autres peut sembler illogique mais cela s'explique : les marchés avaient anticipé un Brexit, si bien que la chute est moins forte. En outre, la Banque d'Angleterre, la banque centrale du pays, a d'ores-et-déjà déclaré qu'elle mettrait tout en oeuvre pour limiter la casse financière. 

La livre sterling chute, l'or et le yen s'envolent. La monnaie britannique n'a pas tardé à être impactée : la livre britannique a chuté à 1,33 dollar vendredi à l'aube. En l'espace de 24 heures, la chute a été de 12% par rapport au dollar et de plus de 9% par rapport à l'euro. L'agence de notation Standard & Poor's a fait savoir que la note longue "AAA" de la Grande-Bretagne ne pouvait plus être conservée, prévenait le Financial Times vendredi.

Valeur refuge en période d'instabilité, l'or est redevenu très attractif pour les investisseurs : le cours du métal précieux a bondi de 8% dès l'annonce des premiers résultats. Le cours de l'once est monté à 1.359,08 dollars, son niveau le plus fort depuis le 19 mars 2014. Les monnaies suisse et japonaise, elles aussi considérées comme un gage de stabilité, se sont également envolées.

22.06.Bandeau Livre sterling billet Royaume uni.SHAUN CURRY  AFP.1280.300

La croissance du Royaume-Uni risque d'en pâtir. Les soubresauts financiers et l'incertitude concernant les mois à venir incitent les entreprises présentes outre-Manche à la prudence : ces dernières risquent de geler certains investissements et donc de ralentir l'activité économique. "La portée exacte de l'impact économique et sur les marchés financiers du Brexit ne sera pas claire avant un moment, mais il est certain qu'il sera très perturbateur à court terme et qu'il pèsera sur la croissance économique et l'emploi à plus long-terme, particulièrement au Royaume-Uni", a affirmé vendredi matin l'IIF, association internationale des acteurs de la finance. Cet organisme regroupe des banques, des fonds privés, des assureurs, des banques centrales, ainsi que des fonds souverains.

L'agroalimentaire français chiffre ses pertes. Handicapés par une monnaie moins forte et une activité qui risque de ralentir, les Britanniques risquent de moins consommer des produits importés, et notamment de France. L'enjeu est de taille pour les producteurs français : les exportations de l'agroalimentaire français à destination du Royaume-Uni ont pesé 4,6 milliards d'euros en 2015 dont 5,7% dans le vin, 2% dans les produits laitiers (fromages et beurre) et 1,6% dans les viennoiserie et les produits issues de boulangerie, selon l'Association nationale des industries alimentaires (Ania). Une étude de l'assureur crédit Euler Hermes sur l'effet du Brexit évalue la perte à l'exportation de l'agroalimentaire français à 500 millions d'euros d'ici à 2019.

 

17.06.Bandeau.Drapeau Royaume-uni angleterre.ADRIAN DENNIS  AFP.1280.300

Le secteur financier continental pourrait en profiter. Invité d'Europe 1 vendredi matin, le patron d'Euronext a voulu insister sur l'une des vertus du Brexit : rapatrier une partie des activités financières et bancaires sur le continent. "L'essentiel des entreprises et des clients sont sur le contient mais les banquiers étaient à Londres, l'essentiel de l'épargne est sur le continent mais une grande partie des gestionnaires d'actifs sont à Londres, la monnaie unique est sur le continent mais une grande partie des opérations sur l'euro sont à Londres : tout cela va devenir une anomalie, il est normal qu'un certain nombre de ces activités basées à Londres finissent par évoluer vers le continent et la zone euro", a souligné Stéphane Boujnah, à la tête du principal opérateur boursier de la zone euro.

HSBC, première banque européenne, avait d'ailleurs annoncé avant le scrutin qu'elle relocaliserait à Paris 1.000 salariés en cas de Brexit. La banque américaine JPMorgan a également fait part vendredi matin d'un possible changement de la "localisation de certains emplois" : entre 1.000 et 4.000 emplois seraient concernés. reste à savoir si ces emplois iraient à Paris ou Francfort, l'autre grande place financière européenne. Au total, le cabinet PwC estime que le Brexit pourrait coûter 70.000 à 100.000 emplois dans le secteur des services financiers britanniques d'ici 2020.

Les institutions promettent d'agir en cas de dérapage. Dans ce contexte de fébrilité généralisée, les banques centrales se sont rapidement exprimées pour rappeler qu'elles ne resteraient pas inactives. Leur objectif : limiter les turbulences sur les différentes bourses et sur les marchés des devises. Le gouverneur de la banque centrale du Japon a déclaré vendredi que son institution "se tient prête à fournir les liquidités suffisantes, notamment en utilisant le mécanisme de swap en vigueur entre les six banques centrales, et ainsi assurer la stabilité des marchés". Son homologue britannique a tenu un discours similaire, soulignant qu'elle était prête à injecter 250 milliards de livres dans le système financier. La banque centrale américaine, la Fed, a également promis d'agir si la situation dégénère.

Les ministres des Finances et présidents des banques centrales du G7 ont mis en garde vendredi contre les possibles "effets néfastes" sur la stabilité économique des mouvements de change "excessifs". La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a exhorté l'Union européenne et la Grande-Bretagne à assurer ensemble une "transition en douceur vers une nouvelle relation économique".