L’automobile américaine renaît et inquiète

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L’automobile américaine renaît et inquiète
@ JIM WATSON / AFP
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BIS REPETITA - Les ventes automobiles aux Etats-Unis ont battu un nouveau record en 2015. Sur le papier, le secteur a tourné la page de la crise mais au prix d’une explosion des prêts toxiques.

C’est LE rendez-vous des amateurs de grosses cylindrées. Le Salon automobile de Détroit a ouvert ses portes au public lundi pour deux semaines dédiées aux pickups et autres muscles cars, ces modèles surmotorisés à l'image d'une Dodge Challenger, d'une Chevrolet Camaro ou d'une Mustang GT 5.0. Et les visiteurs devraient être au rendez-vous, le secteur automobile américain ayant retrouvé de sa superbe après plusieurs années de crise. Preuve ultime de ce renouveau, 2015 a été une année record en termes de véhicules vendus, avec presque 17,5 millions de véhicules écoulés. Sauf que ce rebond des ventes s’accompagne d’une explosion des prêts à risques : les subprimes, à l’origine de la sortie de route du secteur en 2008 et 2009, pourraient à nouveau causer sa perte.

Opération reconquête pour l’automobile américaine. Fin 2009, le secteur automobile américain était arrivé dans une impasse : appelé à la rescousse, l’Etat américain était contraint de lancer un plan d’aide de 80 milliards de dollars et General Motors se déclarait en faillite. Une période sombre qui appartient désormais au passé : dans les allées du salon de Détroit, la puissance industrielle américaine s’affiche à nouveau en grand.

Premier signe de cette opulence retrouvée, la plupart des constructeurs présentent une nouvelle version de leur pickup, du mythique RAM au best-seller Ford F-150. Et tous les groupes ont décidé de miser sur le haut-de-gamme. Largement battu par les constructeurs allemands sur ce secteur, Ford a décidé de refaire vivre la marque Lincoln avec une berline baptisée Continental. De même, General Motors a investi 13 milliards de dollars pour relancer la mythique marque Cadillac, devenue totalement ringarde pour la jeune génération. Après avoir réduit la voilure, l’automobile américaine repasse à l’attaque.

11.01.Automobile Ford salon detroit.BILL PUGLIANO  GETTY IMAGES NORTH AMERICA  AFP.1280.640

Des ventes qui atteignent des sommets. Cette santé retrouvée, on la retrouve dans les chiffres de ventes du marché américain. Entre 2009 et 2015, les ventes ont bondi de 68%, passant de 10,4 millions à 17,47 millions. Et ce sont les constructeurs américains qui en profitent : avec le retour de la croissance et la chute des prix du pétrole, les Américains privilégient à nouveau les pickups nationaux. Sur le papier, le secteur a donc tourné la page de la crise et peut d’autant plus envisager la suite avec sérénité que le parc automobile américain est vieillissant : la voiture lambda a dix ans d’âge, rendant plus probable son renouvellement dans les mois à venir.

Le retour des subprimes via l’automobile ? Mais ce n’est pas parce que les constructeurs automobiles tutoient à nouveau les sommets qu’ils sont à l’abri d’une nouvelle crise. Pire, ils sont peut être en train d’en favoriser une nouvelle. En effet, s’il est habituel que le conducteur américain achète sa voiture à crédit – c’est le cas dans plus de 80% des ventes -, son prêteur se doit de vérifier qu’il est solvable et donc capable de rembourser son prêt. Si ce n’est pas le cas, ce crédit est qualifié de risqué, voire de toxique : en clair, une subprime.

Or le secteur bancaire et automobile, via ses propres organismes de crédit, semble avoir oublié cette prudence, appâté par les taux d’intérêt élevés qu’il peut imposer à ces emprunteurs peu fiables. Dans une étude publiée au printemps 2014, l’agence Standard & Poor’s estimait qu’un prêt automobile sur quatre pouvait être considéré comme relevant des subprimes. Un an plus tard, c’était le cas de quatre prêt sur dix, soit presque le double, selon une étude de la Coface. En clair, l’Amérique prête à n’importe qui veut acheter une voiture, sans se soucier de sa capacité à rembourser. Ce que les chiffres de la Réserve fédérale confirment : la courbe du montant total des crédits automobiles accordés ne cesse de grimper et dans des proportions bien plus importantes que les ventes automobiles.

L’accumulation de ces prêts subprimes pourrait donc former une "bulle" et, comme en 2008, contaminer le reste du système financier, d’autant que la plupart de ces prêts sont ensuite titrisés (en résumé, découpés en petits morceaux et remis en vente sur les marchés). Ajoutez-y la crainte d’une dérive similaire dans les prêts étudiants, et vous comprendrez que de nombreux observateurs tirent la sonnette d’alarme. Par chance, ces prêts portent sur des montants et des durées bien moindres que les prêts immobiliers de 2008, ce qui limite l’impact d’une hypothétique crise. Mais le risque se précise, malgré l’optimisme retrouvé de l’automobile américaine.