La loi El Khomri revue et corrigée a-t-elle convaincu les partenaires sociaux ?

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La loi El Khomri revue et corrigée a-t-elle convaincu les partenaires sociaux ?
@ PATRICK KOVARIK / AFP
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POURPARLER - Le gouvernement tente de rallier les syndicats réformistes avec sa nouvelle version du projet de loi El Khomri.

Arrivé dans une impasse avec un projet de loi qui ne satisfaisait personne à part le patronat, le gouvernement a décidé de revoir son texte en profondeur. Manuel Valls a donc dévoilé lundi une nouvelle version de la loi El Khomri avec de nombreuses modifications pour prendre en compte les critiques des syndicats. Sauf qu’en tentant de se rapprocher de leurs revendications, le gouvernement prend le risque de se fâcher avec le reste des partenaires sociaux.

Les syndicats réformistes satisfaits. Le projet de loi El Khomri était tellement mal embarqué que même les syndicats les plus ouverts au dialogue s’y opposaient. La réécriture du texte de la ministre du Travail visait donc avant tout à convaincre la CFDT, la CFTC, l’Unsa et la CFE-CGC. Une opération en passe d’être réussie au regard des réactions de ces derniers.

"Nous avons pesé sur ce projet de loi", s’est félicité le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, qui estime que la nouvelle version "peut potentiellement être porteur de progrès pour les jeunes et porteur de progrès pour les salariés, parce qu'il revient à sa philosophie, c'est-à-dire plus de négociations collectives à tous les étages". La CFDT se prononcera sur cette nouvelle monture "mercredi et jeudi".

La CFE-CGC est sur la même longueur d’ondes : "l'unité syndicale réformiste fait bouger les lignes", s’est félicitée sa présidente Carole Couvert. La CFE-CGC donnera sa position définitive le 21 mars, mais elle a prévenu : un point de la loi El Khomri lui pose toujours problème, le référendum d’entreprise.

Les autres syndicats toujours dans le rejet. Si le gouvernement a tout fait pour obtenir le soutien des syndicats dits réformistes, il savait en revanche que la tâche serait plus compliquée avec la CGT et Force Ouvrière, qui demandaient le retrait total du texte. Et en effet, les changements annoncés lundi n’ont pas incité les deux syndicats à revoir leur position, tout comme l’Unef. Ces derniers maintiennent donc leurs appels à manifester.

Ainsi, FO a rapidement appelé à "continuer la mobilisation". Le gouvernement a apporté "des corrections qui sont des corrections à la marge ou alors attendues", a réagi son secrétaire général Jean-Claude Mailly, avant d’énumérer les mesures qu’il juge problématiques : "heures supplémentaires, la médecine du travail, le travail de nuit", ou encore l'appréciation des motifs de licenciement économique sur un périmètre national. "La mobilisation est plus que jamais d'actualité pour la CGT", a renchéri son chef de file Philippe Martinez. "Il y a des annonces, des effets d'annonces, mais concrètement, tout est dérogeable au niveau de l'entreprise", a-t-il ajouté, estimant que "le Medef est épargné" par la réforme.

Quant au syndicat étudiant Unef, lui aussi n’a pas été convaincu malgré l’ajout de la garantie jeunes dans le projet de loi. "Est-ce que ce gouvernement avec ce projet de loi travail a répondu aux aspirations des jeunes ? On est profondément convaincus que non. Évidemment, on appelle les jeunes à continuer cette mobilisation", a réagi le syndicat.

Le patronat se fâche à son tour. Du côté du Medef et de la CGPME, la discrétion était de mise jusqu’à présent, et pour cause : les mesures insérées par Emmanuel Macron dans le projet de loi El Khomri correspondaient à leurs revendications. Mais le texte étant jugé comme trop favorable au patronat, le gouvernement a décidé de revenir sur plusieurs réformes chères au Medef : le barème prud’homal n’est plus qu’indicatif, l’organisation du temps de travail ne sera finalement plus décidée unilatéralement par l’employeur et le référendum d’entreprise sera très encadré.

Résultat, les seules organisations qui défendaient la loi El Khomri sont désormais bien plus critiques : "Cette loi, il ne faut pas la dénaturer plus", a réagi un Pierre Gattaz "déçu", avant d’ajouter : "s'il y a encore des reculades sur ce texte, c'est la fin des haricots." Le président de la CGPME, François Asselin, a estimé que les modifications apportées à la réforme du code du travail en faisaient "une réforme à l'envers". Bref, le gouvernement va désormais devoir gérer un nouveau front, patronal cette fois-ci.