La fin de l’austérité pour les fonctionnaires ?

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La fin de l’austérité pour les fonctionnaires ?
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ARGENT - Le ministre de la Fonction publique a laissé entendre qu’une hausse du point d’indice pourrait intervenir en 2016. 

Il ne s’agit pour l’instant que d’une déclaration d’une ministre, mais le signal envoyé aux fonctionnaires est clair : l’austérité qui était devenue la règle dans la Fonction publique depuis 2010 pourrait être bientôt finie. Dans un entretien à l’agence AEF, Marylise Lebranchu a laissé entendre qu’un coup de pouce financier pourrait intervenir en 2016. Le gouvernement a rendez-vous avec les syndicats de fonctionnaires en février, date à laquelle s’ouvriront de nouvelles négociations sur les rémunérations. Les marges de manœuvre financières de l’Etat sont cependant limitées.

Des fonctionnaires au régime sec depuis 2010. La question des rémunérations est devenue très sensible pour les 5,4 millions de fonctionnaires : ils n’ont bénéficié d’aucune augmentation salariale depuis 2010, date à laquelle le point d’indice a été gelé. Or c’est cet outil statistique qui sert à calculer la rémunération des fonctionnaires : si le point d’indice ne bouge pas, leur feuille de paie subit le même sort.

Par chance, l’inflation est restée basse, ce qui a limité la perte de pouvoir d’achat pour les fonctionnaires. De plus, le système de prime a été progressivement détourné pour offrir des augmentations déguisées, comme le pointait un récent rapport de la Cour des Comptes. Les fonctionnaires ont en outre eu droit à une douceur : le jour de carence instauré dans la Fonction publique a été supprimé en 2014. En clair, les fonctionnaires sont à nouveau payés dès le premier jour en cas d’arrêt maladie, et une étude a montré que l’absentéisme est reparti à la hausse dans la foulée. Sauf que ce geste a été perçu par beaucoup de fonctionnaires comme un juste retour à la normale et n’a pas calmé les demandes de revalorisation salariale.

Vers un coup de pouce en 2016. Un message visiblement entendu par Marylise Lebranchu. Interrogé par l’AEF sur un dégel de la valeur du point d’indice, le ministre de la Fonction publique n’a pas été catégorique, mais elle a laissé entendre qu’un geste serait fait. " Nous voulons renverser les courbes pour les fonctionnaires qui ont l’impression de ne cesser de descendre des marches depuis des années en termes de rémunération, de reconnaissance de leur engagement… Je rappelle qu’avec le gel du point d’indice, les fonctionnaires ont contribué à hauteur de 7 milliards d’euros d’économies au redressement des comptes publics. C’est beaucoup", a-t-elle déclaré.

Et la ministre d’ajouter : "nous avons annoncé un rendez-vous, ce n’est pas pour ne rien faire. C’est aussi la position du Premier ministre. Ce sera forcément une mesure limitée compte tenu des contraintes budgétaires. Mais s’il y a rendez-vous, c’est que nous pourrons discuter".

Une plus vaste réforme en cours. Le point d’indice ne sera cependant pas le principal sujet de négociation en février prochain. Le gouvernement prépare en effet une réforme plus vaste de la Fonction publique pour répondre à un double défi : il y a d’abord une attractivité moindre de la Fonction publique, qui est de moins en moins forte pour les postes de cadres, si bien que l’Etat peine à recruter certains profils de la catégorie A. Il y ensuite le déroulé de carrière des fonctionnaires, qui est problématique : si les rémunérations sont faible au début, elles augmentent rapidement avant de plafonner jusqu’à la fin de la carrière. Un modèle en S qui pose problème en matière de gestion des effectifs et de leur motivation.

Le gouvernement souhaite donc revoir ce modèle en faisant commencer les fonctionnaires à des rémunérations un peu plus élevées mais avec une augmentation plus progressive jusqu’au sommet. En clair, il faudra plus de temps à un agent pour atteindre son plus haut niveau de salaire, la durée actuelle étant d'environ 25 ans. En échange de cette plus grande progressivité, les fonctionnaires gagneraient un peu plus en début de carrière : la ministre a évoqué une augmentation qui irait de "30 - 40 euros bruts" et jusqu'à "70 euros" pour les catégories A. Un professeur en début de carrière touchera ainsi 74 euros bruts par mois supplémentaires, un(e) assistant(e) social(e) 40 euros, ou un agent de propreté 31 euros.

Cette réforme n’a pas accueilli le soutien d’une majorité des syndicats mais le gouvernement a décidé de passer en force. Autant dire que les négociations de février seront compliquées, d’autant qu’un autre sujet pourrait être débattu : la rémunération au mérite, à laquelle Marylise Lebranchu s’est déclarée favorable.