"Industrie du futur" : les 10 solutions d'Emmanuel Macron

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"Industrie du futur" : les 10 solutions d'Emmanuel Macron
Emmanuel Macron en visite dans une usine de l'équipementier aéronautique Daher, près de Nantes. @ JEAN-SEBASTIEN EVRARD / POOL / AFP
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REMIX - Le ministre de l'Economie a lancé lundi la deuxième phase du programme de la "nouvelle France industrielle", entamé par Arnaud Montebourg. 

Exit les 34 "plans" d'Arnaud Montebourg, place aux 10 "solutions" d'Emmanuel Macron. Le ministre de l'Economie a présenté lundi sa vision de la "nouvelle France industrielle". L'idée : réunir les grands acteurs de l'industrie française autour de projets destinés à préparer l'avenir, baptisés "transports de demain", "ville durable" ou encore "usine du future". Emmanuel Macron a rassemblé les 34 pistes d'Arnaud Montebourg en 10, afin de faire collaborer davantage d'acteurs entre eux et de clarifier les agendas de mise en œuvre des plans.

Près de 5 milliards d'euros mobilisés. Cette nouvelle phase doit permettre une "montée en gamme" afin de produire "mieux, avec beaucoup moins de pollution, sur des volumes parfois plus réduits, plus vite, et donc qu'on ait une industrie parfaitement adaptée aux besoins de ses clients et aux nouveaux défis économiques et environnementaux", a expliqué le ministre en visitant une usine de l'équipementier aéronautique Daher, près de Nantes, ouverte en 2012 et employant 1.700 personnes sur cinq sites. "Cela suppose une vague d'investissements inédite", a noté le ministre, en soulignant que "la nouvelle phase qui commence" prévoit "3,4 milliards" d'euros d'investissements publics, venant s'ajouter aux 1,4 milliard d'euros de fonds publics déjà injectés.

Quels sont les 10 nouveaux plans ? Pour Emmanuel Macron, l'"usine du futur", première de ses 10 "solutions", doit être la pierre angulaire, la "matrice" des autres. Cette "phase" consiste à soutenir la modernisation de l'outil industriel français, en particulier dans les PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire), à les inciter à mieux prendre en compte la dimension numérique et à promouvoir la formation de leurs salariés en conséquence.

Concrètement, les PME et ETI vont bénéficier d'un "accompagnement" dans leur modernisation: 2.000 d'entre elles bénéficieront d'un diagnostic personnalisé d'ici à la fin 2016. Le programme entend aussi se donner davantage de visibilité avec au moins 15 "projets vitrines" d'ici à la fin 2016 et un grand événement à Paris à l'été 2016 s'inspirant de la foire industrielle de Hanovre.

Les neuf autres plans sont :

- "Nouvelles ressources". Il s'agit, comme le détaille le site du magasine Usine nouvelle, de booster le recyclage de déchets et de doubler d'ici 2020 le volume de matière première d'origine végétale dans l'industrie chimique.

- "Ville durable". Valoriser la nature en ville, assainir la gestion de l'eau et des déchets, verdir les transports… le plan vise à transformer nos villes sales en villes vertes, et à en faire des vitrines des technologies françaises.

- "Mobilité écologique". Ce plan porte sur les transports individuels. L'idée est, dans un premier temps, d'installer 20.000 bornes de recharge électriques d'ici 2016. D'ici 2021, il s'agira de baisser de 30% les émissions de véhicules neuf, en développant notamment les voitures basse consommation.

- "Transport de demain". Avions électriques, dirigeables, navires écologiques… Cette phase vise à moderniser les transports en commun pour les rendre plus propres.

- "Médecine du futur". Comme son nom l'indique, cette "solution" vise à moderniser l'industrie médicale française, au moyen des nouvelles technologies et du numérique. 50.000 patients atteints de maladie chronique devraient par exemple bénéficier de télésurveillance médicale d'ici 2017.

- "Economie des données". Que faire des milliards de données en circulation aujourd'hui, notamment sur internet ? Ce projet vise à permettre à la France de se procurer les outils nécessaires à l'utilisation du "Big data", en maîtrisant notamment la technologie des "supercalculateurs", des ordinateurs ultra-puissants. L'utilisation des données doit pouvoir créer et consolider 137.000 emplois d'ici 2020, selon Bercy.

- "Objets intelligents". Objets connectés, robots, services sans contact… Ce projet vise à faire de la France un leader des produits et services du futur.

- "Confiance numérique".  Moderniser nos satellites, développer notre réseau télécom et internet, renforcer notre cybersécurité… Cette "solution" doit protéger et renforcer la souveraineté française en matière de numérique.

- "Alimentation intelligente". L'industrie agroalimentaire aussi doit se rénover de l'intérieur : moderniser les modes de production, les emballages ou encore les méthodes de conservation. "Objectif 2017: modernisation de 30% des abattoirs industriels et recrutement de 90 000 personnes pour la filière", détaille Usine nouvelle.

La version d'Emmanuel Macron a le mérite de davantage faire intervenir les industriels et de les pousser à se rencontrer. Ils se réuniront régulièrement pour faire le point sur l'avancée des projets. Mais reste la question du pilotage de ces plans : chacun a entre quatre et six personnes à sa tête, chacune représentant son secteur respectif. Avec le risque d'un hydre à plusieurs têtes, incapable de marcher droit. Selon Usine nouvelle, Bercy veut résoudre le problème en nommant bientôt un seul pilote par projet. Mais les négociations seront serrées.

Macron aime les robots. "La France a raté dans les années 90 la vague d'investissements qui a été celle de la robotisation. On se retrouve aujourd'hui avec cinq fois moins de robots en France qu'en Allemagne, deux fois moins qu'en Italie (...). Est-ce que c'est cela qui a protégé l'emploi industriel? Non, parce que la première décennie des années 2000 a montré l'effondrement de l'emploi industriel en France", a lancé Emmanuel Macron lundi pour défendre sa stratégie. Chez Daher, il a notamment visité une ligne de production automatisée de clips thermostatiques de l'Airbus A350, l'assemblage du plancher de l'A400 M et le robot ultra-son où sont contrôlés les panneaux de voilure de l'ATR 72.

"Le robot n'est pas l'ennemi de l'emploi, c'est une vieille lubie et une fausse idée", a insisté Emmanuel Macron, qui était accompagné de la secrétaire d'État au Numérique, Axelle Lemaire. "Ne pas avoir de robot, c'est se condamner à ne pas se battre sur certaines tâches", a-t-il renchéri en soulignant que chez Daher, la "robotisation massive" permet par exemple d'être compétitif sur les ailes d'avion, qui seraient sinon "moins chères à produire en Turquie, au Maghreb ou en Asie". Daher sera d'ailleurs la première usine "vitrine" de ce plan à la sauce Macron.