Grèce : le système des retraites est-il vraiment si généreux ?

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Grèce : le système des retraites est-il vraiment si généreux ?
@ ANGELOS TZORTZINIS / AFP
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Personne ne sait vraiment à combien s'élèvent les pensions en Grèce. Il s'agit pourtant du principal sujet des débat. 

Lundi, ou l'énième sommet de la dernière chance. La Grèce et ses créanciers se donnent de nouveau rendez-vous pour trouver un accord. Si Athènes n'obtient pas un nouveau prêt, elle ne pourra pas rembourser le FMI avant le 30 juin, date limite, ce qui la placera en faillite. Que doit faire le pays pour obtenir ce nouveau prêt ? Engager des réformes pour réaliser trois milliards  d'économie en 2015, demandent les créanciers. Et l'un des points sur lequel les négociations patinent encore, c'est le système des retraites.

Pour les créanciers, le régime de retraite grec doit être mis à l'heure du "zéro déficit", via des coupes de 450 à 900 millions d'euros en 2015 et de 1,8 milliard en 2016. Ils prescrivent ainsi une limitation des retraites anticipées, de faire payer plus cher les soins de santé aux retraités et de supprimer le 13e mois accordé à ceux touchant moins de 700 euros par mois de pension. Réponse d'Alexis Tsipras, le Premier ministre : hors de question de "couper dans les retraites les plus basses". S'il semble si difficile de trouver un accord, c'est que créancier et grecs ne partagent pas la même vision : pour les uns, le système des retraites est trop généreux, pour les autres, on ne peut pas couper plus. Qu'est-est-il réellement ?

Combien coûte le système des retraites ? Selon les dernières données disponibles d'Eurostat, l'institut européen des statistiques, qui datent de 2012, le coût des retraites est estimé à 17% du PIB, un record parmi les pays de l'Union européenne (la moyenne est de 13%, ce qui est également le chiffre de la France). Le FMI se base sur ces données pour négocier. Et selon les calculs de l'institution dirigée par Christine Lagarde, si rien n'est fait, le chiffre bondira à 24% en 2050. Dans une note plus récente, l'OCDE se montre toutefois plus optimiste : le système des retraites ne coûterait "que" 15% du PIB aujourd'hui, et devrait se maintenir à ce niveau dans les prochaines années.

Le système est-il encore généreux ? Car ce que souligne l'OCDE, c'est que depuis 2012, un certain nombre de réformes sont entrées en vigueur. L'âge légal de départ à la retraite est ainsi passé de 60 à 62 ans. Et les salariés doivent travailler 40 ans, et non plus 37,5, pour prétendre à une retraite à taux plein. La liste des métiers "pénibles", qui donnent droit à une retraite anticipée, est passée d'un tiers des métiers à 10%. Enfin, les pensions ont perdu près de 20% en moyenne, après la suppression des 13e et 14e mois.

Alexis Tsipras grèce

© JOHN THYS / AFP

Il n'empêche, pour les créanciers, il y a encore beaucoup de progrès à faire. D'une part, tous les privilèges ne sont pas encore abolis : les métiers "pénibles" comprennent encore les coiffeurs ou les présentateurs TV par exemple. Une autre mesure permet également à une fille non mariée de toucher la retraite de son défunt père si celui-ci était fonctionnaire.

Et puis il y a les préretraites. Un nombre incalculable de systèmes permettent encore aux Grecs de partir avant l'âge légal (62 ans, donc), touchant ainsi une part de chômage et une part de préretraite. Au premier trimestre 2015, selon l'agence de données Helios, environ un nouveau retraité sur deux avait moins de 61 ans en 2015. "Certains fonctionnaires peuvent même partir à 55,5 ans. Le gouvernement a proposé de supprimer ces régimes à horizon 2022. Mais c'est trop long pour les créanciers", décrypte pour Europe 1 Christopher Dembik, analyste chez Saxo Bank.

Le niveau des pensions, cruciale inconnue. Mais si Alexis Tsipras se montre prêt à lâcher du lest sur les préretraites, il reste impartial sur le montant des pensions. Or, les économies demandées par les créanciers impliquent obligatoirement une baisse des revenus des retraités. Car pour les créanciers, ce montant n'est pas en adéquation avec la situation du pays.

Christine Lagarde, patronne du FMI

Le FMI se base par exemple sur le "taux de remplacement", soit la différence moyenne constatée entre le niveau des salaires et celui des pensions. Selon le Fonds monétaire, les Grecs touchent en moyenne 70% de leurs salaires une fois à la retraite, soit environ 1.150 euros par mois. A titre de comparaison, le taux de remplacement allemand est de… 57%, pour des pensions allant de 1.180 euros à l'Est et 1.280 euros à l'Ouest.

Le journal allemand Die Welt, qui cite des "données des groupes de négociations", va même encore plus loin, affirmant que les Grecs perçoivent plus que les Allemands : "la pension standard ne montre pas combien gagne en réalité un retraité. Pour cela, il faut regarder la pension moyenne. En Grèce, elle représente 63% du salaire moyen. Soit 958,77 euros, comme le montrent les chiffres du  précédent gouvernement grec. En Allemagne, par contre, la retraite moyenne est inférieure: fin 2013, elle s'élevait à 734 euros à l'Ouest, et à 896 euros à l'Est".

En réalité, de nombreux chiffres circulent et il semble impossible de s'y retrouver. Les syndicats grecs, eux, avancent que le montant moyen des pensions est passé de 1.350 à 833 euros entre 2012 et aujourd'hui. Le ministère du Travail grec, lui, avance un montant moyen de 713 euros pour les retraites principales, et de 169 euros pour les complémentaires.

Pour l'économiste Christopher Dembik, il faut surtout retenir une chose : le grand écart entre les quelques privilégiés, et les autres. "Selon les chiffres les plus crédibles, 60% de la population est en dessous de 800 euros par mois, et 45% est en dessous du seuil de pauvreté (665 euros). Ce qui montre qu'il y a encore des privilèges, mais que le système entraîne une forte paupérisation pour les autres". Et le spécialiste de mettre en garde : "il faut surtout garder une extrême prudence avec les statistiques, au moins celles publiées depuis le mois de janvier. Tout simplement parce qu'il n'y a plus d'argent dans les caisses des instituts de statistiques et que plus personne ne travaille là-bas..."