Le tour de France des agriculteurs en colère

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Le tour de France des agriculteurs en colère
Des milliers d'agriculteurs ont manifesté mercredi dans toutes la France.@ Reuters
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EN IMAGES - Les paysans français ont défilé dans plusieurs régions contre la multiplication des contrôles en matière d'environnement.

Des milliers d'agriculteurs - et plusieurs centaines de leurs tracteurs - ont manifesté mercredi, à Toulouse, Dijon, Pau, Nancy ou à Strasbourg ainsi que dans plus de cinquante départements. Le syndicat majoritaire FNSEA et les Jeunes Agriculteurs avaient appelé dès septembre à cette mobilisation, rejoints ensuite par les Chambres d'agriculture.

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La raison de leur mouvement : un ras-le-bol contre la multiplication des contrôles et des réglementations liés à la protection de l'environnement, et un appel au "patriotisme agricole". S'il n'y a pas eu d'incidents majeurs, la tension était bien visible.



Peu d'incidents. En début d'après-midi, la plupart des actions touchaient à leur fin et un seul incident était à relever: un agriculteur a reçu un coup de taser tiré par un policier devant la cité administrative de Lille vers 3h du matin. Mais dans certaines villes, comme au Mans, des affrontements ont également eu lieu avec les forces de l'ordre.

Des dons de "fumiers". Dans l'Oise, les Ardennes, en Bourgogne où dans les Midi-Pyrénées, les agriculteurs se sont faits entendre, et sentir, en déversant du fumier. "En déversant du fumier, nous faisons don à l'administration et à la population de cet engrais que les agriculteurs ne peuvent plus stocker sur leurs exploitations ni épandre dans leurs champs à cause des mesures environnementales excessives comme la 'directive nitrate'", a expliqué Philippe Clausse, le directeur de la FDSEA des Ardennes. Cet été, cette directive a fait basculer près de 4.000 communes et 63.000 exploitations dans l'illégalité, imposant aux exploitants des investissements parfois coûteux pour limiter la pollution des eaux et une éventuelle prolifération d'algues vertes dans les eaux de surface.





À certains endroit, comme à Moulins, en Auvergne, où Dijon, en Bourgogne, de légers incendies ont même été déclenchés sur des mottes de paille.

Distribution de pommes de terre. "C'est une mobilisation historique, et c'est un grand succès parce que cela s'est fait sans débordements", a toutefois estimé, en Lorraine, Jérôme Mathieu, président de la fédération régionale de la FNSEA.  S'ils ont manifesté, les agriculteurs sont aussi allés à la rencontre du public, comme à Paris où ils ont distribué gratuitement des pommes de terre.

Pour un "patriotisme économique". Dans le Nord, ils ont contrôlé les camions arrivant au Marché d'intérêt national de Lomme "où arrivent de nombreux produits étrangers", selon Eric Taisne, directeur de la FNSEA du Nord. "On a aussi visité des cuisines des sociétés qui font des plats pour la restauration hors foyer, à savoir les cantines, les hôpitaux, les maisons de retraite (...) Et on a pu vérifier qu'ils avaient une grande quantité de produits étrangers dans leur frigo."

Le "patriotisme alimentaire" est également une des autres grandes revendications des deux syndicats qui réclament que deux plats sur trois soient confectionnés avec des produits français dans les cantines publiques.

Valls veut apaiser les tensions. Manuel Valls a annoncé mercredi le lancement d'une mission pour simplifier les contrôles en matière d'environnement. "J'ai décidé de confier une mission à un parlementaire, à un agriculteur et à un haut fonctionnaire du ministère de l'Agriculture pour qu'ils proposent des améliorations et des simplifications aux dispositifs existants" (contrôles en matière d'environnement, comme la directive "nitrate" par exemple) et "fassent en sorte que les contrôles se passent mieux dans le respect de tous et notamment des agriculteurs", a déclaré le Premier ministre à l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement.