Comment les entreprises privées aident les réfugiés en France

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Plusieurs entreprises françaises avaient lancé un appel à la mobilisation pour les réfugiés l'an dernier. Un an après, où en est-on ?

L'ENQUÊTE DU 8H

L’année dernière, quatre grosses entreprises françaises, toutes cotées en bourses, avaient lancé un appel à la mobilisation. Ces entreprises sont très connues : Total, Air Liquide, Sodexo et Michelin. Mais qu’en est-il vraiment un an après ? Ces promesses ont-elles été tenues ?

La photo d’Aylan, point de départ de la solidarité. Petit retour en arrière d’abord. Un jeune garçon syrien de trois ans est retrouvé mort sur une plage de Bodrum, sur la côte turque. La photographie de la dépouille d’Aylan choque le monde entier. Et cette image va clairement changer l'image des réfugiés. Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, prend "une grande claque",  selon ses propres termes, en écoutant le patron Allemand de Siemens lui expliquer comment les entreprises se mobilisent chez lui. Dans la foulée, Total réussi à convaincre les autres entreprises.

Des formations de développeur. Un an après cet élan de solidarité s'est concrétisé. Dans le centre de formation Simplon, en banlieue parisienne a été formée la première promotion de migrants au métier... de développeur informatique. C’est un secteur qui manque de main d'œuvre en France. Et l’objectif avoué, c’est de former 1.000 réfugiés d'ici trois ans. Pour le moment ils ne sont que 14.

Dans cette formation, il y a des anciens profs, des anciens ingénieurs, arrivés de Syrie et d'Ethiopie notamment. Pendant sept mois, ils ont appris à fabriquer des sites internet, mais également à parler français, tout en étant hébergés chez l'habitant. Ilmari a 31 ans. Il vient du Soudan et ne parlait pas un mot de Français il y quelques mois. "Je suis fier parce que je crois que j’ai fait beaucoup d’efforts", raconte-t-il. "Et j’espère trouver bientôt un travail pour mettre en pratique ce que j’ai appris". 

Des salariés aident les réfugiés à passer un entretien. Pour payer cette formation, Total a signé un chèque de 200.000 euros. De son côté, la société Accenture a envoyé gratuitement ses consultants sur place pour développer la formation. En parallèle, les salariés de ces entreprises accueillent régulièrement d'autres refugiés pour leur apprendre les codes de l'entreprise, les aider à faire un CV ou encore passer un entretien.

Entendu sur Europe 1
Des projets qui n’auraient pas pu aboutir sans le soutien de ces entreprises.

Dans le même ordre d'idée, un lieu ouvrira le mois prochain à Paris, pour aider les réfugiés qui veulent créer leur propre entreprise. Cette fois, c’est le financement de la BNP qui a permis de développer ce projet.  

D'autres entreprises se sont plutôt lancées dans l'aide humanitaire, comme Michelin, qui a aidé certains réfugiés à retrouver des membres de leur famille, ou Sodexo et Air Liquide, qui distribue des repas pour le premier, des des trousses de premier secours pour le second. 

Coup de com’ ou réelle solidarité ? Avec ce genre d’opérations, une question s’impose forcément : les entreprises s’offrent-elles un petit coup de com’ ou sont-elles vraiment solidaires ? Selon la porte-parole de la Croix Rouge, Sandrine Witeska, toutes les entreprises qui se sont engagées ont tenu parole. "On a des projets qui n’auraient pas pu aboutir sans le soutien de ces entreprises ou en tout cas, ça aurait mis beaucoup plus de temps", assure-t-elle.

Léger élan de solidarité par rapport à l’Allemagne. Reste que les entreprises françaises souffrent de la comparaison avec leurs voisines allemandes dans ce domaine. Là-bas, il y a eu une  énorme mobilisation notamment des PME. Près de 10% des entreprises ont embauché un réfugié. Et on ne compte pas les stages, les contrats en alternance et en intérim. Alors le tableau n'est pas idyllique non plus : il s'agit souvent de contrats précaires, avec des lenteurs administratives. Et 75% des réfugies ne parlent pas allemand, ce qui constitue un véritable frein à l'embauche...

Malgré cela reste une grande différence entre la France et l'Allemagne : outre-Rhin, les réfugiés sont plutôt perçus comme une opportunité par les chefs d'entreprises, quand ils font peur aux patrons en France...