CGT : ainsi finit le (non) règne de Thierry Lepaon

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CGT : ainsi finit le (non) règne de Thierry Lepaon
Thierry Lepaon, futur ex-numéro un de la CGT, a fini par annoncer sa démission.@ AFP
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BILAN - Malmené par des polémiques, souvent désavoué, le futur-ex patron de la CGT a fini par jeter l'éponge. 

Il n'aura jamais réussi à imprimer sa marque. Elu par défaut, empêtré dans de multiples polémiques, désavoué constamment tout au long de son mandat... Thierry Lepaon, le désormais ex-patron de la CGT, a fini par annoncer sa démission, mercredi, devant la commission exécutive de la CGT réunie pour la deuxième journée consécutive, selon les informations d'Europe1. Il veut proposer, lors d’une nouvelle réunion de la commission exécutive qui pourrait se tenir lundi prochain 12 janvier, un nouveau bureau confédéral et un nouveau secrétaire général.

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Que retenir de son année et demi de mandat ? Certains répondront peut-être de l'écoute envers la base, du pragmatisme face au déchirement de la centrale. Mais ce sont surtout les échecs  qui ont parsemé le parcours, chaotique, de ce capitaine d'un bateau dont la coque était déjà percée lorsqu'il a pris la barre.

Les polémiques ont précipité une chute… Déjà sur la sellette après des révélations du Canard enchaîné, en octobre et novembre dernier, sur les travaux onéreux réalisés dans son appartement de fonction et dans son bureau, de nouvelles révélations parues en fin d'année dernière dans L'Express ont, semble-t-il, posé la dernière touche du siège éjectable sur lequel Thierry Lepaon était assis quasiment depuis le début de son mandat. Selon le magazine, Thierry Lepaon a perçu des indemnités de départ de la part de la région CGT Basse-Normandie, qu'il dirigeait avant de prendre la tête de la centrale.

Ces indemnités qu'aurait reçues Thierry Lepaon, et que certains articles de presse chiffrent à 100.000 euros, ont suscité une indignation à tous les étages de la CGT, de la direction aux militants. Lundi, une autorité morale, l'ex-numéro un Louis Viannet, avait déjà appelé le secrétaire général à démissionner au plus vite : il "se grandirait en annonçant publiquement sa décision". L'intéressé a fini par l'écouter.

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© AFP François Guillot

… Déjà entamée depuis longtemps. Mais le "règne" de Thierry Lepaon avait du plomb dans l'aile avant même d'avoir commencé. Sa nomination par la Commission exécutive de la CGT est intervenue après neuf mois de négociations intenses, lors desquelles au moins trois autres noms ont été proposés avant le sien. Finalement élu à 99% des voix, cet ouvrier métallurgiste a été désavoué par les siens à  de multiples reprises.

L'accord sur la formation professionnelle ? Il voulait le signer, mais les négociateurs de la CGT l'ont rejeté. La grève des cheminots de juin dernier ? Il la voulait courte, voire ne la voulait pas du tout. Elle a finalement duré deux semaines, sous l'impulsion de la CGT-cheminot. La mobilisation contre l'austérité du 16 octobre dernier contre l'austérité ? Il la voulait large, elle fut un fiasco. Cette liste d'échecs n'est pas exhaustive. Et elle s'est traduite dans les urnes. Pour la première fois dans son histoire, la CGT a enregistré un recul aux élections dans la fonction publique, en décembre. Chez Orange, ex-France Telecom, la CFDT est même passé devant le numéro un historique.



La CGT est-elle encore gouvernable ? Ces échecs sont en partie imputables à Thierry Lepaon. Mais il n'est pas sûr que d'autres eussent réussi à faire beaucoup mieux. Le déclin de la CGT est d'ailleurs entamé depuis longtemps : - 9% de voix en six ans chez EDF, -4% en cinq ans à la SNCF, - 7% en dix ans à la Poste…

Au moins, Thierry Lepaon avait le mérite d'assumer prendre le parti d'une autorité limitée, d'une large autonomie donnée aux sections locales. "Il vaut mieux parfois laisser le terrain s'exprimer. Cela sert de soupape à la colère sociale", expliquait au Figaro, en juin dernier, un expert des questions sociales, décryptant la stratégie de l'ex-numéro un. Depuis la fin du mandat de Bernard Thibault, le prédécesseur de Thierry Lepaon, la CGT toute entière peine à se trouver une ligne, tiraillée entre les "modernistes", partisans de plus de souplesse dans les négociations patronales, et les radicaux, plus enclins aux conflits sociaux.

Alarmé par "la crise sans précédent qui secoue" le premier syndicat français dont les valeurs sont "malmenées", Louis  Viannet évoque même en termes à peine voilés les risques d'implosion de la centrale.  "Un tel climat, une telle tension peuvent, à tout moment, donner lieu à des affrontements, à des déchirures, lourdes de conséquences pour la CGT", prévient-il, recommandant aux cadres dirigeants de "tout faire pour garder une CGT unie et des rapports humains pacifiés".