Autisme : pourquoi l'accès à l'emploi reste (très) compliqué

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Autisme : pourquoi l'accès à l'emploi reste (très) compliqué
Les autistes peuvent accomplir toutes sortes de métiers.@ DAMIEN MEYER / AFP
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Le plan du gouvernement sur l’autisme fait la part belle au diagnostic précoce et à la scolarisation mais évoque peu l’accès à l’emploi, un point noir récurrent.

"Changer la donne" et donner aux enfants et adultes autistes une vie "la plus normale possible" : Emmanuel Macron a dévoilé jeudi son plan pour améliorer la situation des personnes autistes. Le quatrième plan national, doté de 344 millions d’euros, se concentre principalement sur l’établissement d’un diagnostic précoce et une scolarisation plus inclusive. Seule mesure concrète concernant l'accès à l'emploi : les crédits destinés au dispositif d'emploi accompagné seront doublés, dans l'objectif de faciliter l’insertion professionnelle des adultes autistes. Une mesure bienvenue, tant le monde du travail est aujourd’hui un horizon inaccessible pour beaucoup.

Aucune statistique. Le constat est partagé par tous les observateurs du secteur. "Indéniablement, la situation actuelle de l'emploi des personnes autistes en France n'est pas bonne. D'aucuns feraient, légitimement sans doute, appel à des termes plus forts encore", écrit le philosophe et écrivain autiste Josef Schovanec (également auteur d’une chronique sur Europe 1 le vendredi) en introduction du rapport qu’il a rendu en 2017 à la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées d’alors, Ségolène Neuville. Il en veut pour preuve qu’il n’existe même pas de statistiques sur l’emploi des personnes autistes (alors qu’il en existe pour les handicapés en général).

Impossible donc de connaître la proportion d’autistes qui ont un emploi, ni les secteurs où ils travaillent ou dans quelles conditions. Il faut dire que le simple recensement des personnes affectées par des "troubles du spectre de l'autisme" (TSA) est déjà compliqué. Selon la Cour des Comptes, cela concerne "environ 1 % de la population", soit 700.000 personnes. Parmi elles, il y aurait 600.000 adultes, bien que ces derniers ne soient "qu'environ 75.000" à être aujourd'hui diagnostiqués.

Pas de prise en charge des adultes. L’état des lieux de l’autisme en entreprise se fait donc au compte-goutte, par le biais de témoignages ou de compilations de projets isolés. "En réalité, les autistes qui ont un véritable emploi se comptent presque sur les doigts de la main", déplore M’Hammed Sajidi, président de l’association Vaincre l’Autisme. "Faute de diagnostic précoce, il n’y a pas de prise en charge des adultes autistes, donc l’accès à l’emploi est presque impossible pour eux." Au niveau étatique, les établissements et services d'aide par le travail (ESAT) peuvent prendre en charge les personnes atteintes de troubles autistiques et les accompagner vers l’emploi. Mais ils manquent de moyens pour assurer un suivi du travail.

Résultat, le recrutement d’autistes tient surtout de la bonne volonté des entreprises. "C’est d’abord par humanité qu’on aide une personne handicapée. Il y a toujours des peurs et c’est normal. A nous, associations, de les dissiper", explique le président de Vaincre l’Autisme. Mais la bonne volonté ne peut pas tout : "ils ne sont qu'à peine une poignée à pouvoir effectivement revendiquer la responsabilité d'une inclusion professionnelle par exemple d'une dizaine de personnes autistes dans des emplois décents", affirme Josef Schovanec dans son rapport.

Il y a des autistes surdoués mais ce sont des exceptions
M’Hammed Sajidi, président de l’association Vaincre l’Autisme

Pas que des surdoués de l'informatique. Quand on parle d’autisme et d’emploi, un exemple est souvent mis en avant : celui des autistes surdoués de l’informatique, capables de maîtriser le code et les chiffres mieux que les plus grands génies de la Silicon Valley. Une caricature qui nie la réalité des troubles autistiques déplore M’Hammed Sadiji. "Oui il y a des autistes intelligents, des surdoués même. Mais ne parler que de ces quelques exceptions, c’est occulter le fait que l’autisme est d’abord une maladie neurologique grave. Il faut reconnaître les déficiences qu’elle entraîne", plaide celui qui est lui-même père d’un adulte autiste.

L’intensité des troubles autistiques varie d’un individu à l’autre, du tout juste remarquable au handicap lourd. Mais quel que soit le degré d’affection, "tous les autistes peuvent travailler", martèle M’Hammed Sadiji. Un credo adopté par le directeur général d’Andros Jean-François Dufresne. Lui-même père d’un enfant autiste, il explique dans l’hebdomadaire Le 1 avoir intégré huit personnes autistes dans une usine de yaourts du groupe en Eure-et-Loir. "Ils ont une vie, la plus ordinaire possible. Ils travaillent, ont la même productivité que les autres ouvriers. Et progressent de façon formidable", assure-t-il.

Outre l’informatique, le rapport de Josef Schovanec dresse une liste de métiers tout à fait accessibles : traduction, rédaction, postes en liens avec la nature et les animaux, artisanat, mécanique, métiers des bibliothèques ("probablement le vœu professionnel le plus fréquemment exprimé par les personnes autistes"), restauration-hôtellerie… Pour M’Hammed Sijidi, tout est question d’adaptation. "Un autiste peut mettre deux mois, six mois ou un an à appréhender son poste. Mais après il est le meilleur ! Tout ce que nous demandons, c’est que l’État soutienne les entreprises au cours de cette période", réclame-t-il. "L’entreprise n’a pas à payer la charge d’une personne qui ne produit pas, c’est normal."

Une clé du succès, c'est la présence d'un référent
Josef Schovanec

L’accueil d’un adulte autiste dans un espace de travail n’est en effet pas simple. "La question de l'accessibilité trouve ses premières limites face au refus fréquent bien qu'inexplicable de nombre d'entreprises d'adapter, même légèrement, certaines habitudes tels que les horaires de travail ou la prise des repas", regrette ainsi Josef Schovanec. L’adaptation aux travailleurs autistes passe pourtant par des mesures simples : fermer les portes, accepter de déplacer un poste de travail, assouplir la relation hiérarchique, prioriser leurs missions, ne pas s’offenser de leur franchise parfois déroutante, faire moins de bruit dans l’open space…

Pour aider les entreprises, il est nécessaire qu’un référent fasse le lien entre l’employeur et l’autiste. "Une clef de succès souvent rapportée dans les témoignages est la présence d'une, plus rarement deux, personnes de référence, laquelle peut être la seule interface de l'employé porteur d'autisme avec le reste du monde professionnel", précise Josef Schovanec. C’est ce dispositif que le gouvernement a décidé d’améliorer. Mais faute de moyens suffisants, c’est aux employeurs de faire le nécessaire. Pour les aider, l’association Autisme France a édité un guide à destination des entreprises qui souhaitent accueillir un travailleur autiste. La bonne volonté, encore et toujours…