Areva : les EPR ont-ils encore un avenir ?

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Areva : les EPR ont-ils encore un avenir ?
@ CHARLY TRIBALLEAU / AFP
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ALLO DOCTEUR - Les déboires entourant les EPR ont plombé les comptes d'Areva. Ce bijou technologique peut-il encore se vendre à l'avenir ?

Il y a les projections… et la réalité. Plus puissant, plus sûr, plus économe, moins polluant, quand il est annoncé dans les années 1990, l'EPR (Evolutionary power reactor), avec son réacteur fonctionnant à eau pressurisée, bat tous les records de l'industrie nucléaire. De quoi donner des ailes au groupe français qui, au début des années 2000, projette la construction de 50 EPR dans le monde. Mais la réalité a rattrapé Areva. Alors que le groupe a annoncé mercredi 5 milliards d'euros de perte nette en 2014, aucun EPR ne fonctionne dans le monde en 2015 et seulement quatre sont en chantier : à Flamanville en France, à Olkiluoto en Finlande et deux à Taishan en Chine. Si ces derniers devraient être livrés dès septembre 2015, tous ont accumulé des retards et les coûts ont en conséquence grossi.

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Un EPR comme en Finlande ? Plus jamais. "Oui, l'EPR reste clairement d'actualité", annonce d'emblée un porte-parole d'Areva interrogé par Europe 1. Mais à certaines conditions. La première est de renoncer à être le maître d'œuvre des constructions de centrales. Areva a en effet eu avec l'EPR finlandais, commencé en 2005, les yeux plus gros que le ventre. En voulant à la fois fournir les pièces du réacteur et prendre en charge la construction sans être spécialisé dans ce domaine, il a accumulé les obstacles techniques. À la clef, un retard de 9 ans pour la livraison du réacteur, désormais prévue en 2018, et une facture qui est passée de 3 à 8 milliards.

À l'avenir, Areva souhaite donc se recentrer sur son cœur de métier. Les EPR de demain se feront donc sur le modèle de Flamanville où Areva se contente de livrer les pièces de la centrale et où un autre opérateur prend en charge la direction du chantier. 

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© ANNE HAUTEFEUILLE / AFP

Royaume-Uni, Pologne, Arabie Saoudite. C'est ainsi qu'Areva a revu ses ambitions à la baisse avec aujourd'hui une petite demi-dizaine de projets. Le plus avancé est celui d'Hinckley Point, au Royaume-Uni, pour lequel la Commission européenne a donné son feu vert en octobre 2014. "Un accord sur ce projet a été signé par notre partenaire EDF et le gouvernement britannique en 2013, suivi d’un accord d’approvisionnement entre EDF et AREVA. La décision finale d’investissement est espérée d’ici à la fin 2015", explique le porte-parole d'Areva.

Et toujours avec EDF, "des équipes communes se sont constituées en Pologne et en Arabie Saoudite afin de présenter à l'avenir des projets d'EPR", avance-t-il. 

Le projet d'EPR en Inde est, pour sa part, mis entre parenthèse pour l'instant. Lancé en 2009, il bute sur le cadre réglementaire indien qui fait du constructeur de la centrale le responsable en cas d'accident. Une responsabilité qu'Areva ne souhaite pas endosser. 

La Chine, l'avenir de l'EPR ? Areva est aussi "en mesure de proposer, en partenariat avec EDF, deux EPR supplémentaires en Chine, toujours à Taishan", avance son porte-parole. L'Asie, futur radieux d'Areva ? Oui si l'on en croit Jan Horst Keppler, professeur d'économie à Paris Dauphine. "La demande pour de nouveaux réacteurs au total (tous types confondus, ndlr) est de 25 réacteurs environ en Chine", expose-t-il. "Ce pays est très demandeur en électricité et ne souhaite plus produire la majorité de son électricité à partir du charbon", estime-t-il. "Les Chinois sont confrontés à de gros problèmes de pollution et n'ont pas d'autres choix que de développer le nucléaire", précise-t-il. Le chiffre de 25 est donc "réalisable" selon Jan Horst Keppler. 

Les déboires des chantiers actuels ? L'économiste tempère : "Il faut faire la part des choses". "Dans ce genre de technologie, il y a ce que coûtent les premiers modèles et ce que coûtent les suivants quand ils sont produits en grand nombre", explique-t-il à Europe 1. Il y a donc "un effet de série" qui fait que "plus on construit", "moins ça coûte". Jan Horst Keppler assure que l'EPR, "un jour, ça fonctionnera, on ne sait juste pas combien de temps ça prendra". Sans compter que l'effet négatif de Fukushima se fait encore sentir sur l'industrie du nucléaire, comme Tchernobyl par le passé.

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© PETER PARKS / AFP

Bientôt un EPR "nouveau modèle". Pour faire oublier les déboires passés et actuels de ses chantiers, Areva mise aussi sur son EPR NM (pour "nouveau modèle"), actuellement en cours de conception en partenariat avec EDF et qui devrait être dévoilé au printemps. 

Sa principale qualité ? Il sera moins cher qu'un EPR classique. "Son niveau de sûreté va rester inchangé mais son optimisation, conjointement avec EDF, vise à rendre sa construction plus simple", décrypte le porte-parole d'Areva. L'EPR NM, qui est le fruit d'"un retour d'expérience des chantiers en cours", pourrait notamment être proposé à la Pologne. 

Faire pareil mais en moins cher, voilà donc la stratégie d'Areva pour continuer à vendre l'EPR. D'autant plus que la concurrence est rude. En 2009, les Emirats arabes unis avaient déjà boudé son EPR pour privilégier l'offre du Coréen Kepco. Et à l'avenir, il lui faudra se méfier de la Chine. "Les Chinois vont bientôt lancer leur propre centrale nucléaire à l'exportation", avance le professeur d'économie Jan Horst Keppler. "Et au vu du prix auxquels ils proposent leurs biens aujourd'hui, on peut s'attendre à des prix attractifs", prédit-il.

Atmea, le petit frère de l'EPR. Si Areva peine à vendre ses composants EPR dans le monde, il pourra également miser sur son Atmea, "un réacteur de 3e génération qui fournit les deux tiers de ce que fournit un EPR", rapporte Jan Horst Keppler. 

Développé en partenariat avec le japonais MHI, il devrait voir le jour en Turquie les prochaines années sous forme de 4 réacteurs. "Notre partenaire MHI est en négociation exclusive avec la Turquie pour la vente de ce réacteur mais son implantation doit encore être validée par les autorités locales", annonce Areva. Moins audacieux mais bien moins cher que l'EPR, il peut permettre au groupe français de faire face à ces concurrents. "De conception récente, l'Atmea intègre des retours d’expérience des premiers chantiers d’EPR", indique Areva. 

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