Baisse de l’euro : qui y gagne, qui y perd ?

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Baisse de l’euro : qui y gagne, qui y perd ?
@ PHILIPPE HUGUEN/AFP
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ÉCONOMIE- La monnaie européenne ne cesse de se déprécier par rapport au dollar. Un phénomène qui va faire des gagnants et des perdants.

Depuis six mois, le cours de la monnaie européenne ne cesse de se dégrader par rapport aux autres grandes devises, et notamment le dollar : alors qu’un euro valait 1,37 dollars début juillet 2014, il n’en vaut aujourd'hui (jeudi 22/02/2015 à midi) plus que 1,17. Pour beaucoup d’observateurs, cette baisse de l’euro n’est pas une mauvaise nouvelle, bien au contraire. Sauf que tout le monde ne va pas en profiter. Qui sont donc les gagnants et les perdants ?

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LES GAGNANTS DE LA BAISSE DE L’EURO

Pour schématiser, la baisse de l’euro devrait favoriser les entreprises qui exportent et handicaper celles qui importent des biens de l’étranger. En effet, là où un consommateur américain devait auparavant débourser 137 dollars pour un produit européen, il n’a plus qu’à en débourser 117. Inversement, un Européen qui achetait un produit américain 100 euros va devoir désormais débourser 117 euros.

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© REMY GABALDA/AFP

Les entreprises qui vendent une bonne partie de leur production à l’étranger vont donc y gagner. En 2013, les secteurs français qui exportaient le plus sont l’aéronautique, l’agroalimentaire, les produits de luxe et la pharmacie. Leurs produits étant désormais moins chers comparativement, ils devraient donc doper leurs exportations. D’autant que leurs concurrents, qu’ils soient américains ou chinois, vont voir leurs coûts et le prix de leurs produits augmenter. Les entreprises de la zone euro pourraient donc gagner des parts de marché. On peut penser à Airbus, L’Oréal, Pernod Ricard, Kering, Gemalto ou encore Sanofi.

Mais cet optimisme doit être tempéré et rien ne dit que la baisse de l’euro va résoudre les problèmes de l’Europe. D’abord parce que l’une des spécificités de la zone euro, c’est que ses membres commercent avant tout entre eux : à titre d’exemple, la France réalisait presque 60% de son commerce extérieur avec le reste de l’Europe en 2013. Et ses principaux partenaires sont l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et l’Espagne. Puisque tous ces pays ont la même monnaie, la baisse de l’euro ne va rien changer.

Deuxième bémol, si la baisse de l’euro rend nos exportations plus compétitives, encore faut-il que quelqu’un les achète. Or les clients sur lesquels la France - et l’Europe - mise beaucoup, en l’occurrence les pays émergents, voient leur croissance ralentir. Rien ne garantit donc qu’ils achètent davantage français à l’avenir.

En outre, tous les pays de la zone euro ne vont pas profiter de la même manière de la baisse de notre devise. Pour les produits dont le premier critère d’achat est le prix, le bas de gamme pour schématiser, la baisse de l’euro va sans conteste doper les ventes. L’Espagne ou l’Italie vont donc en profiter, mais la France un peu moins puisqu’elle est positionné sur des produits moyen de gamme. Pour l’Allemagne, les effets de l’euro sont bien plus incertains : d’abord parce qu’un euro fort ne l’a pas empêché d’être le deuxième plus gros exportateur mondial derrière la Chine. Ensuite parce que ses clients achètent du Made in Germany non pas à cause de ses prix mais pour la qualité de ses produits. Un euro faible va donc l’aider mais pas la bouleverser.

LES PERDANTS DE LA BAISSE DE L’EURO

Logiquement, la baisse de l’euro va principalement toucher les consommateurs qui achètent des biens importés et les entreprises qui les leur vendent. A titre d’exemple, le matériel informatique, qui est presque totalement importé, risque de coûter plus cher. Résultat, les consommateurs qui achètent européen ne sentiront pas trop la différence, mais pour tous les autres produits, il faudra débourser environ 15% de plus. Une évolution qui pourrait  avant tout concerner les classes populaires : “elle frappera au premier chef les catégories sociales les moins favorisées, plus grosses consommatrices de produits importées. Un comble !”, a prévenu l’économiste Jean-Marc Daniel dans les colonnes du magazine Le Nouvel Economiste.

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© AFP

De même, la plupart des matières premières se vendent en dollar, dont le pétrole et le gaz. La facture de ces produits va donc grimper et ce n’est pas négligeable : les énergies représentent 16,7% de l’ensemble des importations en France. Par chance, les cours du baril sont actuellement très bas, mais cela ne durera pas éternellement.

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De manière indirecte, la zone euro risque de perdre de son dynamisme et s’engluer. En effet, la baisse de l’euro améliore artificiellement la compétitivité de l’économie européenne. Si bien que certains redoutent, l’Allemagne en tête, que les pays européens soient moins enclins à se réformer. Le jour où le cours de l’euro remontera, cet "atout" s’effacera et les problèmes structurels seront toujours là.

C’est anecdotique, mais sachez en outre que les touristes européens qui voyagent en dehors de la zone euro vont perdre en pouvoir d’achat. Le temps béni où 100 euros valaient presque 150 dollars est révolu. Ce sont désormais les touristes étrangers qui visitent l’Europe qui vont y gagner. Et, par conséquent, le secteur de l’hôtellerie et de la restauration.