L’engagé Rachid Taha, ambassadeur de la musique chaâbi et de la scène rock, en cinq chansons

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Le chanteur algérien Rachid Taha, connu en France après la reprise de "Douce France", aimait allier dans ses musiques des sons très rocks aux influences orientales.

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Figure du rock français, ambassadeur du chaâbi aux influences techno, et artiste engagé : Rachid Taha est mort d’une crise cardiaque, à l’âge de 59 ans, dans la nuit de mardi à mercredi, en région parisienne. Populaire dans les années 1980, le chanteur, né en Algérie en 1958, alliait dans sa musique ses influences orientales au rock anglo-saxon, créant des ponts entre les cultures.  

L’intégration de Rachid Taha. Rachid Taha, arrivé en France, en Alsace, à l’âge de 10 ans, s'est fait connaître du grand public en reprenant, avec son groupe Carte de séjour dont il était le leader, la chanson Douce France, de Charles Trénet. Sorti en 1986, trois ans après la Marche pour l’égalité et contre le racisme en France, ce titre réinterprété et un brin ironique fait un pied de nez à l’intégration. Rachid Taha y reprend les célèbres paroles : "Douce France, cher pays de mon enfance", comme une déclaration d’amour à son pays d’adoption.

Génération black-blanc-beur. Avec son groupe Carte de séjour formé en 1981, Rachid Taha se fait rapidement le porte-drapeau de la communauté française d’origine maghrébine de seconde génération, et aborde des thèmes comme l’immigration et l’intégration. Cet engagement ne le quittera jamais durant toute sa carrière. Avec deux autres artistes algériens, Khaled et Faudel, Rachid Taha s’est produit sur la scène de Paris-Bercy en 1998 pour 1, 2, 3 Soleils. Le spectacle met en scène des classiques de la musique algérienne et reprend les plus grands tubes des trois artistes, mêlant à la fois instruments classiques, modernes et traditionnels, comme la flûte arabe. Moment fort du concert : l’interprétation d’Abdel Kader, un incontournable du répertoire algérien. Le succès du spectacle est tel qu’un album-live est produit la même année par Barclay.  

 

Ambassadeur du chaâbi. Lancé dans une carrière solo peu après la dissolution du groupe en 1989, Rachid Taha sort quelques mois avant 1, 2, 3 Soleils un tube transgénérationnel, Ya Rayah, qui se trouve être une reprise du compositeur algérien Dahmane EL-Harrachi. Ya Rayah, une des chansons les plus populaires de la musique algérienne, est un hymne aux immigrés algériens, qui rêvent de revenir au pays. Dans une interview au Monde en 2017, le chanteur expliquait son engouement pour le chaâbi : "J’ai découvert le chaâbi à la radio, puis par les scopitones dans un bar à côté d’où l’on habitait, en Alsace, avec mes parents. C’est un peu notre Jack Kerouac à nous, de manière plus orientale ou désorientée."

 

De rock... oriental. Fidèle à la musique rock et punk qu’il affectionne, Rachid Taha y a fait infuser dans ses chansons des sonorités orientales. Ce fut le cas notamment avec la reprise du titre Rock the Casbah, du groupe The Clash dont il est fan, en 2004. Hommage à la musique rock, cette chanson évoque l’interdiction du genre musical dans l’Iran de l’Ayatollah Khomeini. Véritable succès, un des membres fondateurs de The Clash, Mick Jones, avait déclaré préférer la version de Rachid Taha… Les deux artistes ont même interprété la chanson plusieurs fois en duo. Rock The Casbah figure sur l’album Tékitoi, qui a reçu une excellente presse dans l’Hexagone ainsi qu’aux États-Unis.

Un melting pot d’influences. Rachid Taha a également collaboré avec de nombreux artistes, comme Gaëtan Roussel avec qui il coécrit l’album Bonjour en 2009, composé des musiques de films, et fait lui-même des apparitions dans des longs-métrages. En 2016, il reçoit un trophée des Victoires de la musique pour l’ensemble de sa carrière. Son dernier album solo, le 9ème, Zoom, sorti en 2013, est fidèle à son style musical unique : des hommages aussi bien à Elvis Presley qu’à Oum Kalsoum, des airs à la fois très rocks et orientaux, parsemés de tonalités punk et même jamaïcaines.

Rachid Taha, chanteur haut en couleur, engagé et cosmopolite, devait d’ailleurs sortir en 2019 un nouvel album, dont le premier single devait s’intituler Je suis africain.