La suite controversée du roman d'Harper Lee

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Un ouvrage inédit de l'auteure à succès sort 55 ans après son chef d'œuvre, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur. Une partie de la presse américaine s'interroge sur les conditions de sa publication. 

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, de la romancière américaine Harper Lee, est un livre légendaire. Prix Pulitzer en 1961, plus de quarante millions d'exemplaires vendus à travers le monde, l'œuvre culte a été adaptée au cinéma dans le film Du silence et des ombres, avec Gregory Peck dans le rôle d'Atticus Finch. Cet avocat, véritable chevalier blanc, défend un homme noir injustement accusé d'avoir violé une femme blanche dans les années 30. Les fans s'étaient fait à l'idée que Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur serait le seul livre d'Harper Lee. Autant dire qu'un nouvel ouvrage de la romancière de 89 ans a fait l'effet d'un coup de tonnerre outre-Atlantique : Va et poste une sentinelle, publié le 14 juillet dernier aux Etats-Unis, paraît mercredi en Français. Mais le livre est au cœur d'une polémique.   

Ecrit avant le best-seller, le texte de ce second livre, qu'on croyait disparu, apparaît comme une suite du premier. L'éditeur d'Harper Lee avait en effet convaincu l'auteure de réécrire l'histoire, cette fois du point de vue de la fille du personnage principal, raconte-t-on. Mêmes personnages et même histoire, Va et poste une sentinelle reprend la trame de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, mais dans une autre temporalité. Le héros, dans ce nouveau livre, est septuagénaire. Sa fille, qui lui rend visite, découvre que, loin de l'avocat vertueux qu'elle a toujours admiré, son père a en fait assisté à des réunions du Ku Klux Klan et croit à la théorie des races

Des questions demeurent autour de cette publication. Une partie de la presse américaine, pourtant, s'interroge : le livre est-il bien l'ouvrage que l'on présente, à savoir un nouveau roman inédit retrouvé par hasard, et pas seulement un pâle brouillon du chef d'œuvre d'Harper Lee, qui n'aurait jamais dû être publié ? Le Daily Mail voit ainsi dans cet ouvrage "ce qui peut se faire de pire en matière de scandale littéraire", horrifiée par la transformation du héros adulé en homme raciste. Le New York Times souligne aussi une "narration pénible" et "les discours de haine" déversés par les personnages.

Question subsidiaire : Harper Lee a-t-elle bien été consultée et a-t-elle bien donné son accord pour la publication de ce nouvel ouvrage ? Le New York Times pointe du doigt les revirements suspects de l'avocate de la romancière, qui dit avoir trouvé ce manuscrit tantôt en 2011 et tantôt en 2014. Il se trouve que cette avocate a pris la succession de la sœur d'Harper Lee, qui défendait jusque-là les intérêts de l'écrivain. En creux, la presse s'interroge sur l'éventualité d'une fabrication : celle d'un événement littéraire, d'une opération commerciale montée de toutes pièces et savamment orchestrée. 

Un autre ouvrage intéresse maintenant la presse : l'affaire d'un révérend suspecté d'être un tueur en série, qu'Harper Lee aurait commencé à rédiger, selon le New Yorker.