Danse macabre de Strasbourg en 1518 : Jean Teulé s’attelle à l'une des plus étranges épidémies recensées

Jean Teulé revient en librairies avec "Entrez dans la danse".
Jean Teulé revient en librairies avec "Entrez dans la danse". © Europe 1/Nikos Aliagas
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A.D
Le nouveau roman de l'écrivain, "Entrez dans la danse", s'inspire à nouveau de faits réels : une épidémie de danse jusqu'à la mort, qui reste aujourd'hui encore inexpliquée.

Sur votre étagère trônent peut-être Le Montespan, Le magasin des suicides ou Fleur de tonnerre. L'écrivain Jean Teulé revient en librairie avec un ouvrage intitulé Entrez dans la danse. L'histoire, inspirée de faits réels, se passe au XVIe siècle, à Strasbourg.

Le 12 juillet 1518, une femme sort d'un immeuble un bébé dans les bras, le protège du soleil, fait quelques mètres... et le jette à la rivière avant de revenir chez elle. Devant son air défait, son mari lui rappelle qu'ayant fini d'allaiter, ils n'auraient jamais pu le nourrir. Puis elle sort dans la rue et se met alors à... danser. D'autres gens, qui sont également dans des situations catastrophiques, s'approchent, lui emboîtent le pas et se mettent eux aussi à danser. L'écrivain était samedi l'invité de l'émission La voix est livre pour évoquer cette étrange épidémie, la trame de son nouveau roman.

Danse jusqu'à la mort. La misère palpable crée cette année-là des situations plus immondes les unes que les autres dans la ville. L'écrivain décrit encore un couple mangeant leur enfant ou des habitants errant autour des hôpitaux pour récupérer les excréments des lépreux "pour avoir quelque chose à bouffer". "Ils en étaient là. Il leur est tout tombé sur la gueule à Strasbourg cette année-là, même une météorite. Ils étaient en état de panique totale. En plus, déboulait une nouvelle religion, donc ils ne comprenaient plus rien à rien. Et est parti ce phénomène" de danse macabre, où des milliers de gens se sont rejoints, des mendiants aux gardes. "Ils dansaient jusqu'à la mort, ils ne pouvaient plus s'arrêter de danser. Nuit et jour, jusqu'à en tomber de crise cardiaque, les pieds en sang, cartilage apparent", décrit le romancier.

"La première rave party". Le clergé qui y voit une damnation générale, et tente d'expliquer cette étrange épidémie. Les médecins cherchent réellement une piste. On pense à une intoxication à l'ergot de seigle. "La moisissure de seigle, c'est du LSD à l’état pur", commente le romancier. "Mais on ne peut pas danser avec ça parce que ça diminue l'afflux sanguin". Les médecins éliminent aussi la piste d'une épilepsie collective devant l'absence d'écume aux lèvres. L'évêque pense à la danse de Saint-Guy, écartée également. "La danse de Saint-Guy n'est pas une danse mais des secousses." Jean Teulé choisit sa propre qualification : "Je dis souvent que ça a été la première rave party au monde, la plus dingue, la plus grande et la plus mortelle." Et qui reste encore aujourd'hui... inexpliquée.