Birkin chante Gainsbourg en symphonique : "Il aurait été le premier à chercher un mouchoir, à trouver ça superbe"

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Jane Birkin rend un nouvel hommage à Serge Gainsbourg, en sortant un album de 24 chansons de l'icône française, en réorchestration symphonique. 

INTERVIEW

Ex fan des sixties, petite baby doll... L'anglaise Jane Birkin revient avec un album de reprises acoustiques des chansons de Gainsbourg avec orchestre. Il s’intitule Birkin Gainsbourg le symphonique. La chanteuse était l'invitée du Europe 1 Music Club samedi pour présenter cet album intime.

Pas une évidence pour Birkin. La voix de Jane, les compos de Gainsbourg et un orchestre symphonique, ce trio aurait pu se présenter beaucoup plus tôt. "Il y a pas mal de chanteurs qui ont utilisé cette idée de symphonique quand ils étaient  au summum de leur carrière, peut-être que ça semblait même une évidence pour eux. Pour moi non, parce que je n'avais pas une voix très forte, les gens le disaient en tout cas. Me mettre en compétition avec un symphonique, je n'avais pas songé à ça. Et là, avec Nobuyuki Nakajima qui a fait les orchestrations, ce n'est pas gonflant", commente la chanteuse.

Vingt-quatre chansons. Le disque comporte 24 classiques de Gainsbourg - des chansons liées à Jane, ou à d'autres comme Pull Marine d'Isabelle Adjani - et représente un bel hommage à Serge qui était un amoureux de grande musique. L'icône de la chanson française n'a que très peu travaillé avec des orchestres symphoniques. "Je crois qu'il l'a fait pour Je t'aime moi non plus et peut-être Manon, comme c'étaient des musiques de films, il pouvait avoir tous ces musiciens. Je l'ai vue tellement ému avec Je t'aime moi non plus orchestrée de manière classique. Donc je sais qu'il aurait aimé ça. C'est un réconfort de savoir qu'il aurait été le premier à chercher un mouchoir, à trouver ça superbe."

Entendu sur Europe 1
Quand je suis partie, il m'a gardée pour interpréter et pour tchatcher. On était comme deux vieux sur un port.

Tourmenté par le fait de faire des chansons, son fameux "art mineur", Gainsbourg a pourtant insufflé des musiques classiques à ses morceaux. "Pour Bambou, pour moi, pour Bardot avec Initials BB, pour Charlotte avec Inceste de citron. Il avait un savoir classique, était très bien éduqué dans la musique, dans la peinture, pour lui, c'était une évidence. Mais il n'a pas eu le temps pour lui."

"Si je pense à quelqu'un, ça serait peut-être à ma fille Kate". Jane Birkin confie désormais avoir moins peur de se lancer sur scène et avoue aussi ne pas penser à Serge. "Je ne pense pas à lui quand je fais les concerts parce que sinon, si on est trop ému, on ne peut plus chanter du tout. Si je pense à quelqu'un, ça serait peut-être à ma fille Kate pour les premières chansons comme Jane B quand j'étais arrivée en France avec une telle désinvolture, elle trottant à mes côtés. Mais j'évite, si vous ratez un mot, vous vous payez tout le vers, la strophe entière, c'est absolument terrifiant", dit-elle d'une voix toute douce.

Traduire Gainsbourg dans la langue de Shakespeare. Ce disque est aussi l'occasion de reparler de sa relation avec Serge, son mentor de 20 ans son aîné. Elle était une muse, parfois vue comme sa "chose". Elle explique que ça a été vrai, en partie, mais que l'histoire est moins simpliste. "Il avait un savoir que je n'avais pas, il voulait me mettre en lumière aussi." Jane lui a également donné la carte du cool, lui tenait tête et le faisait rire autant que lui. "Quand je suis partie, il m'a gardée pour interpréter et pour tchatcher. On était comme deux vieux sur un port", glisse-t-elle. Jane Birkin pense aussi à autre projet pour rendre un nouvel hommage à son pygmalion : celui de traduire ses paroles en anglais, en prenant garde aux doubles, voire aux triples sens. "Tout son jeu est un jeu sur les mots. Ça rend l'affaire très compliquée. Mais on l'a fait pour Baudelaire et Apollinaire, on peut le faire pour Serge."