Au musée Delacroix, Lilian Thuram joue le guide, contre le racisme

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L'ancien footballeur va commenter une série de visites guidées dans le cadre d'une exposition initiée par sa fondation contre le racisme au musée Delacroix, et destinée à un jeune public.

REPORTAGE

Lilian Thuram endosse un nouveau maillot : celui de super médiateur au musée Delacroix à Paris. C'est à l'initiative de sa Fondation pour l'éducation contre le racisme que l'ancien footballeur a collaboré avec le musée pour monter une exposition qui ouvre ses portes jeudi : "Imaginaires et Représentations de l'Orient" chez les peintres, comme Eugène Delacroix ou Edouard Manet. À cette occasion, Lilian Thuram va aussi s'improviser guide et commenter les toiles exposées lors d'une douzaine de visites pour les enfants et les jeunes. La reporter d'Europe 1 a eu le privilège de faire la visite en avant-première. Suivez le guide !

Un lien avec l’actualité. Lilian Thuram se souvient qu'enfant, il ne comprenait pas grand-chose à la peinture, alors pour éveiller les jeunes à ces toiles de Delacroix sur l'Orient, il veut essayer de conserver un lien avec notre époque, notamment en évoquant le football. C'est ainsi que le portrait présumé du chanteur Baroilh en costume oriental, une œuvre de 1834, est prétexte à une évocation de la polémique autour du déguisement d'Antoine Griezmann, apparu grimé en basketteur noir, la peau teinte de la tête aux pieds, sur les réseaux sociaux.

Le blackface de Griezmann. "Je suis un homme marron foncé, mais ça n'est pas un déguisement, donc si vous voulez vous déguiser en joueur de foot, je pense qu'un maillot et un short ça suffit", explique Lilian Thuram devant la toile. "L'histoire du déguisement raconte aussi une histoire de rapports de domination entre les personnes. Ça n'est pas anodin que Griezmann se déguise en noir. Je pense, par exemple, qu'un jeune garçon noir, lorsqu'il se déguise en Superman, ne pense pas à se faire blanc ! Pourquoi ? Parce qu'historiquement ça n'a pas de sens. Il très intéressant, justement, de pouvoir comprendre l'histoire". 


"On ne naît pas raciste. Dans nos sociétés, de façon inconsciente, il y a des personnes qui reproduisent les schémas de domination, mais il ne faut pas avoir peur d'affronter ces questionnements. Encore une fois, nos cultures se sont construites sur le racisme, comme elles se sont construites sur le sexisme", soutient notamment le joueur le plus sélectionné de l'histoire des Bleus.

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Le footballeur pose devant "Les Femmes d'Alger" de Fantin-Latour, d'après Eugène Delacroix.

L'érotisation, une forme de sexisme ? Devant "Les Femmes d'Alger" de Fantin-Latour, le champion du monde va mettre l'accent sur leur tenue sans voile, décolletées et bras nus. "L'idée c'est de comprendre pourquoi on sensualise les femmes à l'extrême, pourquoi on renvoie cette image d'érotisation extrême de la femme", explique Lilian Thuram. "C'est un choc pour les Occidentaux qui vont en Orient, parce qu'à l'époque, la femme n'est pas aussi libre vestimentairement en Occident. Il y a de la fascination et du fantasme. Delacroix en a fait de nombreuses œuvres, alors qu'il n'a fait qu'un voyage là-bas", rappelle-t-il.

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"La Lionne prête à s'élancer", une oeuvre de Delacroix de 1863.

Et devant la Lionne de Delacroix, il pense au lion de l'Atlas. "Je pourrais faire le lien, pour les enfants qui aiment le foot, avec le Maroc dont il est l'emblème de l'équipe", explique l'ancien Bleu. Rien de tel donc que Lilian Thuram pour faire venir les jeunes au musée. Mais il faudra faire vite : les deux premières visites commentées par le footballeur sont déjà complètes. Pour les dix autres séances prévues, il faut réserver sur le site internet du Musée Delacroix.