"Violence", "sexe" et graffitis : que se passe-t-il vraiment à la fac de Tolbiac ?

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La fac est occupée depuis près d'un mois dans le 13ème arrondissement de Paris. © AFP
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Depuis le 26 mars, le site, devenu emblématique de la mobilisation étudiante, est occupé par des élèves et des militants. Le président de l'université évoque un "capharnaüm".

 

"J'ai du mal à décrire (la situation) tellement je suis consterné par l'état du centre, un vrai capharnaüm." Mardi matin, Georges Haddad, président de l'Université Panthéon-Sorbonne, a à nouveau réclamé l'intervention des forces de l'ordre sur le site de Tolbiac, dans le 13ème arrondissement de Paris. Bloqués depuis près d'un mois, les lieux accueillent étudiants et militants en autogestion, symboles du mouvement contre la réforme de l'accès à l'université. "La violence, la drogue, le sexe même. On me l'a dit, et je crois que c'est vrai, il se passe des choses qui sont indignes", alerte le responsable. Sur les réseaux sociaux, leur principal vecteur de communication, les occupants revendiquent eux la mise en place d'une "Commune Libre".

Cuisine et dortoir en amphi. À Tolbiac, une partie des étudiants a pris ses quartiers le 26 mars dernier. Quelques dizaines la nuit, plusieurs centaines lors des assemblées générales le jour, ils vivent depuis au rez-de-chaussée d'une tour de 22 étages. Le 2 avril, l'une de ces AG a voté un blocage "illimité" du site jusqu'au retrait de la réforme des universités, qui vise à réduire le taux d'échec en première année par un système de classement des dossiers. En attendant, les occupants se nourrissent d'une cuisine approvisionnée par leurs soutiens, dorment dans les amphis et organisent des tours de garde, pour éviter toute évacuation policière.

Le 6 avril, une vingtaine de personnes, casquées ou masquées et brandissant une banderole "Fac Libre" sont venus défier les occupants, échangeant jets de divers projectiles. Six suspects seront jugés en septembre. La découverte de cinq cocktails Molotov à l'intérieur du bâtiment a également déclenché l'ouverture d'une enquête.

"Convergence des luttes". Du côté des occupants, la règle est celle de l'anonymat. Au début du mouvement, quelques uns ont donné une "auto-conférence" de presse sur les réseaux sociaux, le visage masqué et aux côtés d'un chien, depuis tourné en dérision et baptisé "Guevara" sur la toile. Évoquant tantôt la réforme de l'université avec précision, tantôt la "convergence des luttes" entre les mouvements étudiants, celui des cheminots et celui de Notre-Dame-des-Landes, ils organisent leur propre communication. Le compte Twitter Commune Libre de Tolbiac propose de participer à une soirée de soutien à la grève SNCF et rappelle que des cours "ouverts à tous", animés par des professeurs favorables au mouvement, ont lieu tous les jours sur le site. Certains sont dispensés à l'extérieur du bâtiment.

Et à l'intérieur ? Des photos prises la semaine dernière montrent des tags sur les murs de l'université, affichant des slogans politiques comme "startup de Zad urbaine" ou "dors dans ta fac". Un journaliste du Point, qui a pu visiter le bâtiment incognito il y a quelques jours, évoque des contrôles filtrant l'accès de la presse à l'entrée. "Des emballages de préservatifs jonchent le sol et des poubelles sont éparpillées un peu partout. Le ménage, pourtant rendu obligatoire par les organisateurs, laisse à désirer", écrit-il. Sur des photos publiées par le site du quotidien, on distingue un stand médical, des cageots de fruits et légumes et des bacs "autowash" avec des consignes pour faire la vaisselle.

Une situation "préinsurrectionnelle" pour Georges Haddad, qui estime le coût des dégâts à près d'un million d'euros et craint pour le matériel informatique du campus. Des propos qualifiés de "mensongers et méprisants" par les créateurs de la "Commune Libre de Tolbiac". Le 11 avril, le président de l'université a demandé l'intervention de la police pour faire lever le blocage. Mais une opération aussi sensible est pour l'instant exclue, malgré le soutien du syndicat étudiant de droite UNI, qui a déposé plusieurs recours devant la justice pour tenter d'obtenir la reprise des cours.

 

Un parallèle avec Mai 68 ?

"Le campus était devenu, je n'ose pas dire un chaudron de sorcière, mais un espace clos replié sur lui-même." Les propos, rappelant l'indignation de Georges Haddad, datent de… 1968. Prononcés par Pierre Grappin, doyen de la faculté de Nanterre, ils justifiaient à l'époque la fermeture de la fac, en raison "d'un étrange climat, un état d'esprit insupportable, une véritable psychose de guerre".