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Salomé Legrand, édité par A.H.
Quatre mois après le début du conflit des surveillants de prison, Europe 1 vous propose de plonger dans le quotidien des surveillants pénitentiaires.
REPORTAGE

C'est un monde où personne ne s'appelle par son prénom. On se dit "collègue" ou "surveillant". "C'est la peur des représailles. Des surveillants subissent des pressions. Moins les détenus en savent, mieux ça vaut pour les surveillants", confie une agent au micro d'Europe 1. À la maison d'arrêt de Nanterre, où nous nous sommes rendus, les surveillants pénitentiaires souffrent de conditions de travail difficiles, bien qu'ils assurent aimer plusieurs aspects de leur profession.

La violence accompagne bien souvent leur travail. Un surveillant raconte : "C’était un petit mineur de 15 ans, il tapait à la porte, donc on est partis voir avec les collègues. Il avait la poignée de porte en ferraille dans ses mains. Je lui ai demandé de la remettre, il n’a pas voulu. Le collègue lui a récupéré. Pendant l’intervention, il m'a dit : 'tu vas le regretter'. Au moment où je me suis retourné, il a pris un couteau et m’a sauté dessus avec", rapporte-t-il. "C’est un couteau de cantine qu’ils reçoivent quand ils entrent en détention mais lui il l’a trafiqué, il l’a aiguisé", précise l'agent.

Un rythme infernal. La surveillance ne cesse ni la nuit, ni le week-end. Une semaine type ressemble à cela : lundi de 12h45 à 19 heures ; mardi et mercredi, la journée de travail dure 10 heures ; le jeudi, ils travaillent le matin de 6h45 à 13h, se reposent l'après-midi, avant d'enchaîner avec la nuit, de 19 heures à 7 heures du matin. Ils bénéficient ensuite d'une journée et demi de repos, et recommencent dès le dimanche après-midi. Faute de personnel, les surveillants sont aussi souvent rappelés sur leur repos. À Nanterre, les agents cumulent en moyenne 60 heures supplémentaires par mois. En revanche, ces heures sont bel et bien payées, contrairement au personnel hospitalier.

Entendu sur europe1 :
On essaie de les réinsérer, de les remettre en contact avec les bonnes personnes à l'extérieur

L'importance de l'aspect humain. Mais pour Stéphanie, à l'affût de tous les changements de comportement depuis la petite guérite où elle surveille la cour de promenade, c'est surtout un métier varié. "On est à l’écoute, parce que les gars ils parlent beaucoup. Donc il faut porter attention à tout ce qu’on entend. Il n’y a pas longtemps, un détenu a eu un décès dans sa famille, et personne n’était au courant. J’ai dû faire la liaison et aller voir le psychologue pour qu’il en discute, qu’il sorte un peu de sa coquille. On est psychologue, on est assistante sociale, on a plusieurs casquettes", décrit-elle au micro d'Europe 1.

Participer à la réinsertion des détenus. Charles, 28 ans, a atterri à la pénitentiaire par hasard. Rapidement, il a grimpé plusieurs échelons pour se retrouver, entre autres, chef des parloirs. Une fonction qui, selon lui, va bien au-delà de la simple gestion de détenus. "On essaie de les réinsérer, de les remettre en contact avec les bonnes personnes à l'extérieur", indique-t-il. Il précise : "Quand on fait les permis de visite, il y a des personnes que l'on exclut d'office, comme par exemple celles qui étaient impliquées dans la même affaire de stupéfiants". Charles rencontre souvent les familles des détenus. "Quand les détenus voient qu'on prend en charge leur famille, ils sont plus calmes. Il n'y a pas d'animosité", rapporte le surveillant.

Occuper les détenus. Pour accompagner les détenus au quotidien, des postes de travail et une zone de formation ont été aménagés. Dans un hangar lumineux, deux salles de classes ont été créées : une pour la formation commerce vente, et une pour la formation peinture ou carrelage. Plus loin, un détenu est seul aux manettes d’une machine à lustrer le sol. "L’objectif est de les occuper le plus longtemps possible, afin que la détention ne semble pas trop longue.  On les accompagne pour leur apprendre qu’il y a des règles. Les horaires c’est important, la présence c’est important, lorsqu’ils sont absents ils ont des justificatifs à nous donner", explique Luckenson, l'un des deux surveillants à superviser toute la zone professionnelle.

En plus de cet aspect humain, une nouvelle mission a été demandée aux agents : détecter les signes de radicalisation, avec des postes qui se rapprochent du renseignement.