"Rien que le nom fait peur" : les Rouennais s'inquiètent d'une possible réouverture de Lubrizol

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Deux mois après le sinistre, l'activité pourrait reprendre dans deux unités de l'usine 1:38
Deux mois après le sinistre, l'activité pourrait reprendre dans deux unités de l'usine © Lou BENOIST / AFP
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Deux mois après l’incendie de l'usine Lubrizol, l'activité pourrait reprendre dans deux unités, non touchées par le sinistre. Les riverains s'inquiètent de cette éventualité, alors que les employés de l'usine espèrent pouvoir reprendre leur travail au plus vite. 
REPORTAGE

Dans les rues de Rouen, des habitants sentent encore les odeurs nauséabondes. Un peu plus de deux mois après le gigantesque incendie de Lubrizol, certains stigmates du sinistre persistent. L’activité de l’usine pourrait toutefois reprendre dans les prochains jours. Une remise en circuit partielle pour le moment, de deux unités non touchées par l’incendie.

Alors que la direction régionale de l'environnement (DREL) a déjà rendu un avis favorable, c'est désormais l'avis du Coderst de Seine-Maritime (Conseil Départemental de l'Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques) que l'on attend mardi après-midi. Si son avis est aussi favorable, la préfecture a annoncé qu'elle s'alignerait et prendrait un arrêté en faveur de la réouverture.

"Je ne peux pas entendre ça"

Une éventualité qui inquiète beaucoup les riverains. Sur le muret de son jardin, Emilie montre du doigt les stigmates de la catastrophe... "Les traces, là, c’est à cause de Lubrizol", assure cette riveraine au micro d'Europe 1. De la suie noire a dégouliné après le passage du nuage au-dessus de sa maison. "On n’a même pas encore dépollué la maison. On a des interrogations non résolues pour notre santé, et celle de nos enfants. On nous dit que ça peut rouvrir, moi je ne peux pas entendre ça."

Avec des questions en suspens, des odeurs qui reviennent parfois dans le centre-ville, pour de nombreux Rouennais, une reprise de l'activité, même partielle, ravive un traumatisme. "Rien que le nom nous fait peur, maintenant", assure Christine. Une suspicion ambiante qui en agace certains. Pour Bénédicte, il faut désormais aller de l'avant. "Rouen, c’est industriel. Il faut que les gens travaillent, il faut penser aux employés." 

"C'est primordial pour l'entreprise"

Des employés qui espèrent ce feu vert. Toutes les conditions sont réunies, estime une de leur représentante Corinne Adam. "On a tout fait pour qu’on puisse rouvrir dès maintenant. C’est primordial pour l’entreprise, on attend que ça." Des salariés sont usés par la crise, confie-t-elle. "A l'approche des fêtes, ce serait notre plus beau cadeau de Noël".

"Qu’est ce qui pèse le pus lourd ? L’activité économique d’un secteur ou la santé de centaines de milliers de personnes ?", oppose Gwendal Gosses, membre de l'association Rouen respire, au micro de Matthieu Belliard. Pour lui, la réouverture de l'usine est contraire aux engagements d'Elisabteh Borne, ministre des Transports et de la Transition écologique et solidaire. "Elle avait assuré que l’usine ne rouvrirait pas tant qu’on ne connaîtrait pas les causes de l'incendie. Ce n'est pas le cas, donc on ne peut pas rassurer la population en lui disant que tout va se dérouler normalement."

Europe 1
Par Hélène Terzian, édité par Laetitia Drevet