Quel monde après le Covid-19 ? "Quand il y a une catastrophe, un nouvel ordre apparaît"

, modifié à
  • A
  • A
Covid-19 planète 1:51
© Luis ROBAYO / AFP
Partagez sur :
Neuropsychiatre et auteur de nombreux ouvrages, dont le dernier en date Des âmes et des saisons vient de paraître aux éditions Odile Jacob, Boris Cyrulnik a expliqué, dimanche sur Europe 1, que dans un monde bouleversé par la pandémie, l'humanité n'a d'autre choix, pour survivre, que de "se recaler sur la nature".
INTERVIEW

Comment construire un nouveau monde après un cataclysme tel que la pandémie de Covid-19 ? En se recalant sur la nature, répond le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, dans son nouvel ouvrage Des âmes et des saisons (éditions Odile Jacob). "Après une période de catastrophe, que ce soit sur le plan biologique ou sur le plan culturel, c'est toujours après un effondrement que la nouvelle manière de vivre apparaît", explique-t-il, dimanche matin, au micro d'Europe 1. "C'est la définition de la résilience".

S'adapter au nouvel ordre

Prenant l'exemple de l'épidémie de peste bubonique en 1348, Boris Cyrulnik affirme que reconstruire une civilisation se fait en tirant des leçons du chaos et en s'adaptant au nouvel ordre. "La peste avait tué un Européen sur deux en trois ans", raconte-t-il. "Spontanément, on a vu disparaître le servage, sans débat, parce qu'on avait tellement besoin des paysans pour ne pas mourir de faim qu'il a fallu courtiser les paysans qui devenaient ainsi des personnes ; pendant que les hommes faisaient la guerre, les femmes faisaient tout marcher et ça a été le point de départ de la révolution féministe", énumère-t-il. "C'est la règle : quand il y a une catastrophe, un nouvel ordre apparaît, et c'est souvent une renaissance".

"Une théorie qui n'évolue pas se renforce, se pétrifie et s'effondre"

Selon le neuropsychiatre, notre culture a "perdu la boussole" pour la simple et bonne raison que l'homme s'est dissocié de la nature. "On s'est tellement arraché à la nature, on a coupé les ponts, nos racines avec la nature, et on est en train de le payer avec l'épidémie de coronavirus". La solution de la renaissance, selon Boris Cyrulnik, consiste à "se rendre compte qu'on n'est pas coupé de la nature, on n'est pas au-dessus d'elle : on est dans la nature, avec les animaux et les plantes. Si on déséquilibre l'écologie, on va mourir avec elle."

"Une théorie qui n'évolue pas se renforce, se pétrifie et s'effondre puisque le contexte, lui, évolue", poursuit l'auteur de Des âmes et des saisons, plaidant pour une évolution de notre monde au regard de ce qu'il traverse actuellement. "Nous, êtres humains, passons notre temps à changer", développe-t-il. "Notre taille n'est plus la même depuis monsieur et madame Sapiens, notre cerveau n'est plus le même, il est sculpté par notre milieu et notre existence", explique Boris Cyrulnik, évoquant un environnement en constante adaptation. "Nous, humains, on a fabriqué un nouvel environnement, on a déséquilibré le climat, donc tout change. Le travail des scientifiques et des politiciens est donc de prendre des décisions momentanément adaptées."

Europe 1
Par Pauline Rouquette