Plus d'une avocate sur deux victime de discrimination

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La profession d'avocat est jeune et féminisée. © OLIVIER MORIN / AFP
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Une enquête du Défenseur des droits met en lumière les discriminations de métier et de salaire auxquelles font face les avocates françaises.

Plus d'une avocate sur deux affirme avoir été victime de discrimination dans les cinq dernières années, dans une enquête inédite du Défenseur des droits publiée mercredi, mais moins de 5% d'entre elles ont lancé des démarches pour dénoncer cette situation.

Les femmes plus touchées que les hommes. Les principaux motifs de discrimination déclarés sont le sexe, la maternité et l'âge, selon l'enquête "Conditions de travail et expériences des discriminations dans la profession d'avocat en France", réalisée en collaboration avec la Fédération nationale des unions de jeunes avocats (FNUJA). Au total, 38% des personnes interrogées, dont 53% de femmes et 21% des hommes, ont déclaré avoir été victimes de discrimination dans les cinq dernières années. Le questionnaire a été rempli par plus de 7.100 avocats, soit plus de 10% de la profession qui en compte environ 65.000 (dont 55% de femmes). 

"On peut s'étonner que dans une profession fortement féminisée, il y ait des situations de discrimination aussi importantes que ce que montre l'étude. Mais la féminisation d'une profession socialement valorisée s'accompagne de réactions de protection de la part des hommes", a déclaré le Défenseur des droits, Jacques Toubon. "Jeune et féminisée, la profession d'avocat se caractérise par des inégalités marquées entre les hommes et les femmes", note l'enquête, qui souligne que des "groupes sociaux sont particulièrement exposés aux discriminations". 

 

Discriminations de revenus. Si 25% des hommes de 30 à 49 ans ayant un enfant déclarent avoir été victimes de discrimination, le pourcentage grimpe à 69% pour les femmes de 30 à 39 ans ayant un enfant et à 74% pour les femmes de 30 à 49 ans de religion musulmane. Le fait d'être une femme augmente de 40% la probabilité de percevoir un revenu annuel inférieur à 17.500 euros, la tranche la plus basse. Et au contraire, le fait d'être une femme diminue de 60% la probabilité de se trouver dans la tranche la plus élevée (plus de 152.041 euros). 

"A Paris, les femmes gagnent 51% de moins que les hommes", a déploré Marie-Aimée Peyron, bâtonnière de Paris, lors d'une conférence de presse mercredi. "On cantonne les avocates au droit de la famille, au droit du travail", beaucoup moins rémunérateurs que d'autres secteurs comme le droit des affaires, souligne-t-elle. Dans les cabinets, "seulement 36,9% des associés sont des associées", note l'enquête. Or ce statut est présenté comme "une sorte de Graal": 77,1% des avocats qui se situent dans la tranche de revenus professionnels la plus élevée sont des associés.