Ondes électromagnétiques : "Je me sens en danger partout"

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Pour se protéger des ondes, les électrosensibles se couvrent de tissu anti-ondes.
Pour se protéger des ondes, les électrosensibles se couvrent de tissu anti-ondes. © JEFF PACHOUD / AFP
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D'après un rapport de l'Anses, l'électrosensibilité est une maladie aux symptômes bien réels, même si sa véracité médicale n'a pas été encore établie.

"C’est comme si on vivait dans un four à micro-ondes en permanence" : Christiane Esteve, 73 ans, souffre d’électrohypersensibilité depuis plus de vingt ans. Face à l’exposition des ondes électromagnétiques, produites par un téléphone portable ou un four à micro-ondes, elle a développé des symptômes handicapants. "J’ai des maux de tête continuels. Et maintenant que le Wi-Fi est partout, j’ai des problèmes d’équilibre et des nausées", confie cette vendeuse à la retraite à Europe1.fr.

L’électrohypersensibilité (EHS), encore largement méconnue, a fait l’objet d’un rapport de l’Anses mardi. L’agence sanitaire a répertorié une dizaine de symptômes que les électrosensibles attribuent à leur exposition aux ondes électromagnétiques : maux de tête, troubles du sommeil, nausées, irritabilité, fourmillements dans les doigts ou encore problèmes cutanés. L’Anses se dit toutefois incapable de prouver le lien entre ces symptômes et les ondes électromagnétiques. "Aucune preuve expérimentale solide ne permet actuellement d'établir un lien de causalité entre l'exposition aux champs électromagnétiques et les symptômes décrits par les personnes se déclarant EHS", dit le rapport.

"Je me suis fait des vêtements avec du tissu anti-ondes"

"Je ne sais plus où me réfugier, il y a un nuage électromagnétique partout… Je me sens en danger partout, car il y a toujours quelqu’un qui a un téléphone portable pas loin", relate encore Christiane, qui a découvert son électrosensibilité en 1996. "Ça a commencé lorsque mon compagnon a voulu Internet et un téléphone portable. Quand je m’en servais, ça me 'chauffait', et d’années en années, ça s’est empiré." Ses maux de tête se sont notamment amplifiés avec le développement de la 3G : "Alors j’ai utilisé des baldaquins, des tissus anti-ondes à base de cuivre et d’argent. Je me suis fait un bonnet pour me protéger la tête." Mais avec la 4G, le baldaquin ne la protégeait plus. "Aujourd’hui, je ne supporte plus les néons, ni les lampes à basse consommation. Je me suis fait des vêtements avec du tissu anti-ondes, mais on n’est jamais bien", poursuit-elle.

L’effet nocebo. Comme Christiane, 3 à 5% de la population française souffrirait d’EHS, à des degrés divers de gravité. Mais l’existence même de cette maladie fait débat au sein de la communauté médicale, souvent septique face à une pathologie qui ne se définit que par l’autodéclaration des personnes qui en souffrent. "C’est une maladie controversée parce qu’elle a des symptômes extrêmement subjectifs, difficilement quantifiables et psychosomatiques, au sens qu'ils sont à la fois physiques et psychiques", détaille le médecin Gérald Kierzek, chroniqueur à Europe 1. S'ajoute aussi le risque d'effet nocebo : à l’inverse du placebo, il est causé par la crainte que l’exposition à des facteurs de l’environnement est nuisible. "Le corps peut se créer ses propres symptômes", résume Gérald Kierzek.

Des symptômes encore inexpliqués

Toutefois, l’Anses affirme dans son rapport que, si l’effet nocebo "joue un rôle non négligeable dans la persistance de l’EHS", celui-ci n’exclut pas pour autant "une affection organique non identifiée". "Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas les causes de la maladie que cette dernière n’existe pas. Les symptômes sont là, même s’ils restent inexpliqués", abonde Gérald Kierzek, rappelant que l’OMS a classé les ondes électromagnétiques comme de possibles cancérigènes. Il plaide ainsi pour une poursuite des études sur le sujet et l'adoption de critères de diagnostics plus précis.

Pour le maintien des zones blanches. Face à l’absence de solutions médicales à ce stade de la recherche, Christiane a bouleversé son quotidien pour se prémunir des ondes. Elle vit sans téléphone portable, sans Internet, sans four à micro-ondes, ou même sans plaque à induction. "On doit aussi tenir le lit loin du mur, car les parois peuvent contenir des fils électriques", note-elle. Habitante de Dijon, elle aimerait déménager à la campagne, "là où il n’y a pas d’antenne". "Mon docteur me dit de partir, il n’y a pas d’autres solutions…", soupire-t-elle. Comme l'association Robin des Toits dont elle est membre, Christiane milite pour le maintien de zones blanches en France, un endroit où elle pourrait "vivre normalement" selon elle. Quitte à prendre le risque de s’isoler géographiquement et socialement.  

Europe 1
Par Mathilde Belin