Nucléaire : "Les centrales sont plus sûres aujourd'hui qu'elles ne l'étaient quand elles ont démarré"

© PHILIPPE DESMAZES / AFP
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Romain David
LE DÉBAT - Invitée de "La France bouge" sur Europe 1, Valérie Feudon, déléguée générale de la société française d’énergie nucléaire, a tenu à défendre l’état du parc nucléaire français face à l'écologiste Lucile Schmidt, vice-présidente du think tank la "Fabrique écologique".

Emmanuel Macron a annoncé la fermeture de 14 réacteurs nucléaires d'ici 2035. Alors que Nicolas Hulot, lorsqu'il était encore au gouvernement, avait concédé qu'il serait "difficile" de maintenir le cap fixé sous François Hollande d'une réduction de 50% de la part d'électricité issue du nucléaire d'ici 2025, le chef de l'Etat fixe ainsi un horizon qui dépassera de loin sa présidence, même dans l'hypothèse d'un second mandat. D'ici la fin du quinquennat, seuls deux réacteurs cesseront toute activité sur les 54 que compte la France, en l'occurrence ceux de Fessenheim, la plus vielle centrale du pays.

Une décision toujours repoussée, et un parc qui continue de vieillir...

"L'idée de toujours repousser est aussi une manière de ne pas le faire", réagit au micro de Wendy Bouchard, dans Le tour de la question sur Europe 1, Lucile Schmidt, vice-présidente de la Fabrique écologique, un think tank qui a pour objectif de promouvoir l'écologie et le développement durable. "Emmanuel Macron choisit de prolonger le nucléaire alors que l'on est dans une situation où les centrales nucléaires françaises sont vieillissantes", relève encore cette ancienne figure d'Europe Ecologie-Les Verts.

>> De 9h à 11h, on fait le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l'émission ici

Alors que l'avenir de la centrale de Fessenheim, rentrée en service en 1978, et dont la durée théorique d'exploitation a été limitée à 2018, agite régulièrement le débat, d'autres installations ont pu poser problème ces derniers mois. En 2017, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a fait fermer pendant deux mois la centrale nucléaire du Tricastin dans la Drôme. "La pire du pays", à en croire Nucléaire, danger immédiat, le livre d'enquête de Hugues Demeude et Thierry Gadault. "Ce réacteur cumule tous les problèmes : défauts sous revêtement, absence de marge à la rupture, et dépassement des prévisions de fragilisation à quarante ans !", peut-on y lire.

"Quand une centrale est autorisée à fonctionner en France, c'est qu'elle opère vraiment en toute sûreté"

De son côté, le lobby nucléaire français entend tordre le coup à l'argument qui corrèle la vétusté d'une centrale à son vieillissement. "Les centrales nucléaires sont plus sûres aujourd'hui qu'elles ne l'étaient quand elles ont démarré", lâche ainsi, un brin provocatrice, Valérie Feudon, déléguée générale de la société française d’énergie nucléaire, également invitée du Tour de la question sur Europe 1. "Elles sont rénovées de manière continue. De nouveaux systèmes y sont tout le temps ajoutés", plaide-telle. "Elles sont d'ailleurs, en ce moment, dans une phase de rénovation intense avec l'ajout de nouveaux composants."

Cette responsable associative veut également rassurer sur le rôle de l'ASN. "Les centrales sont inspectées avec des moyens de plus en plus perfectionnés qui permettent, notamment avec de l'infrarouge, de vérifier les conditions de tous les composants", explique Valérie Feudon. "Il y a plus de 1.000 visites par an du fameux gendarme du nucléaire, qui est extrêmement exigeant. Ils ont aujourd'hui l'autorité d'arrêter du jour au lendemain une installation", souligne-t-elle, tout en rappelant que la fermeture temporaire de Tricastin a coûté à EDF quelque 200 millions d'euros. "L'ASN est loin d'être complaisante. Quand une centrale est autorisée à fonctionner en France, c'est qu'elle opère vraiment en toute sûreté".

Une multiplication des inspections qui pose question

"Certes, la sûreté est sans doute mieux assurée, mais quand le matériel vieillit, quand le béton vieillit, quand la cuve vieillit, il y a un sujet d'obsolescence", lui répond Lucile Schmidt. Par ailleurs, cette écologiste voit dans la multiplication des inspections un gage d'inquiétude et le symptôme d'un scrupule des autorités sur la qualité du parc nucléaire français. "Si l'ASN est plus exigeante aujourd'hui, c'est parce qu'il y a eu des accidents nucléaires", pointe-t-elle. "Quand elle a arrêté Tricastin, ça n'était pas pour emmerder EDF, c'est parce qu'elle craignait quelque chose qui pouvait s'apparenter à Fukushima : ils ont demandé que l'on relève une digue [la centrale étant située en contrebas du canal de Donzère Mondragon, ndlr]", tient-elle à rappeler.

Les lecteurs d'Europe1.fr divisés sur la question du nucléaire

Nous vous avons demandé sur la page Facebook d'Europe 1 si la France devait sortir du nucléaire. Sur 6.400 votes à 11h30 jeudi, vous êtes 50,2% à répondre "oui". Une très courte majorité donc. "Combien de tonnes de déchets radioactifs va-t-on laisser aux descendants ?", interroge un internaute. Outre la question de la pollution, celle de la vétusté des installations est également invoquée à plusieurs reprises : "Avec ce vieux parc nucléaire nous risquons un Tchernobyl !", alerte ainsi un autre commentaire.

Les défenseurs de l’énergie nucléaire invoquent quand a eux le prix de l’électricité produite avec des énergies renouvelables. "Sortir du nucléaire, c’est consentir à une énergie plus chère. Cela, les écologistes ne le disent pas !", tacle ainsi un internaute. "Ceux qui disent 'oui' seront les premiers à se plaindre du coût exorbitant de l'électricité", renchérit un autre.