Notre-Dame-des-Landes : comment va se dérouler l'expulsion des zadistes ?

NDDL, Notre-dame-des-Landes crédit : JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP - 1280
Les zadistes les plus récalcitrants n'ont pas l'intention de laisser les forces de l'ordre les expulser (image d'illustration). © JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
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Marthe Ronteix
Le gouvernement avait laissé aux zadistes jusqu'à la fin de la trêve hivernale pour quitter Notre-Dame-des-Landes. Ce délai est arrivé à échéance mais l'expulsion ne s'annonce pas si simple.

La trêve hivernale 2018 ayant pris fin le 1er avril, les zadistes installés à Notre-Dame-des-Landes sont désormais expulsables. Le gouvernement avait d'ailleurs prévenu que cette date marquerait la fin de l'occupation illégale du terrain prévu pour l'aéroport, un projet abandonné il y a près de trois mois.

"Nous mettrons fin à la zone de non droit", avait alors prévenu Edouard Philippe, voulant "rétablir l’état de droit sur la zone". Le Premier ministre avait ainsi réclamé "que les squatteurs libèrent des terres qui ne leur appartiennent pas". L'expulsion des zadistes devrait commencer lundi prochain, selon les informations du Monde. Comment ces expulsions vont-elles se dérouler ? Quel est le dispositif prévu par le gouvernement ?

Tous les zadistes sont-ils concernés ?

Il s'agira d'"expulsions ciblées", assurent les autorités et non d'une évacuation massive du terrain. Tous les occupants ne sont pas visés par cette procédure d'expulsion. Si Sébastien Lecornu, le secrétaire d'Etat à la Transition écologique, avait évoqué une centaine de personnes expulsables sur 300 présentes sur la zone lors de son déplacement à Notre-Dame-des-Landes en mars dernier, le nombre exact de personnes concernées n'est pas encore défini.

On l'estime entre 150 et 200, selon Le Monde qui compte les personnes dont la situation est en cours de régularisation et les agriculteurs historiques. Certains d'entre eux bénéficient d'ailleurs de conventions d'occupation temporaire jusqu'en novembre 2018.

Par ailleurs, certains zadistes sont partis d'eux-mêmes vers d'autres ZAD. C'est le cas d'Eddy qui, après deux ans et demi à Notre-Dame-des-Landes, s'apprêtait en janvier dernier à planter sa tente au nord de Strasbourg où le projet de construction d'une autoroute de 23 kilomètres suscite la controverse. "Certains veulent aller à Bures, contre l'enfouissement des déchets nucléaires, d'autres veulent aller à la Zad de Toulouse…", détaillait-il au micro d'Europe 1. Les occupants restant à expulser seraient entre 50 et 80 et sont ceux qui refusent tout compromis ou cadre formel négocié avec les autorités, décrit Le Monde.

Quels étaient les recours des zadistes ?

Pour rester sur les terres qu'ils occupent parfois depuis plusieurs années, certains zadistes ont cherché un moyen légal. "On imagine monter une entité qui soit issue du mouvement, qui prenne en charge les terres de la Zad pour que celles-ci aillent en priorité sur de nouveaux projets, de nouvelles installations", expliquait une porte-parole du groupe au micro d'Europe 1 en janvier.

De son côté, le gouvernement a proposé aux zadistes de se déclarer exploitants agricoles pour continuer d'exploiter les terres qu'ils occupent. D'ailleurs cinq occupants-exploitants sont déjà inscrits sur les listes de la MSA, la Sécurité sociale agricole, deux autres sont en passe de l'être, selon Franceinfo.

Ceux qui ne sont pas concernés par ces activités agricoles comptent sur l'illégalité de la procédure d'expulsion. "On n'a aucun fondement légal, ni début de procédure", avancait au micro Europe 1 Me Pierre Huriet la semaine dernière, qui défend une vingtaine de zadistes. "On est face aux règles qui protègent le domicile, donc on doit pouvoir discuter devant un juge".

Dans une lettre ouverte adressée à Édouard Philippe, 25 avocats des barreaux de Paris, Nantes et Rouen ont fait valoir que cette expulsion doit faire l'objet d'une décision de justice et que les personnes concernées doivent en avoir été notifiées, ce qui n'est, selon eux, pas le cas, rappelle Le Parisien. Des arguments irrecevables pour la préfecture de Loire-Atlantique.

Quel sera le dispositif des forces de l'ordre ?

Malgré ces diverses procédures, l'expulsion se prépare. En plus des 200 militaires déjà mobilisés depuis deux semaines pour sécuriser les travaux de remise en état de l'historique "route des chicanes", 25 escadrons de gendarmes mobiles devraient être déployés pour cette opération. Ces  2.500 militaires seront épaulées par dix à 15 compagnies de CRS mobilisées dans les villes de Nantes et de Rennes pour maintenir l'ordre.

Leur mission sera d'"expulser" les derniers zadistes, détaille Le Monde. Des tractopelles viendront détruire une partie des 95 habitations qui restent sur les 1.650 mètres carrés de la Zad pour éviter que les militants ne s'y réinstallent.

Néanmoins les autorités souhaitent éviter les flambées de violence comme cela s'était produit en 2012 lors de l'opération César. Forces de l'ordre et zadistes s'étaient affrontés et il y avait eu des blessés. Une manifestation de "réoccupation" avait ensuite rassemblé entre 13.000 et 40.000 personnes dans la ZAD, selon les estimations. Un scénario que refuse la préfète de la région Pays de la Loire, Nicole Klein.

Pourtant les occupants récalcitrants se préparent déjà à un affrontement physique avec les forces de l'ordre malgré des arrêtés préfectoraux qui interdisent le transport de "matières dangereuses" ou "d'objets pouvant constituer une arme". En prévision de l'expulsion, ils ont tout de même lancé un appel à des renforts sur Internet.

"Comme à Bure, vous aurez des images au 20H heures", prévient Retailleau

"Ce que je peux vous dire de la façon la plus ferme, c'est que comme à Bure, vous aurez des images au 20 heures", a prédit Bruno Retailleau jeudi matin dans la matinale d'Europe 1. "Vous aurez des images avec 2.000 policiers, casqués, avec des gens échevelés qui seront reconduits, mais ça ne réglera rien. Les zadistes ont gagné. Ils ont imposé au gouvernement de la France leur loi, celle de la violence et de l'illégalité."